nov 09 13

La leçon de la crise nippone des années 1990

Par Takeo Hoshi, professeur d’économie, université de Californie (LE MONDE, 13/11/09):

Il y a un an, le monde faisait face à une crise financière exceptionnelle : après la faillite de Lehman Brothers, les marchés du crédit ont cessé de fonctionner et les flux financiers se sont arrêtés. Un an après, les économies et les marchés financiers semblent sur la voie de la reprise. Si l’essentiel de cette crise financière mondiale est maintenant derrière nous, il est important de souligner que ce ne sera pas la dernière. Sauf si des régulations très contraignantes encadrent le système financier (ce qui ne serait pas souhaitable), les agents économiques vont trouver de nouvelles voies pour faire des paris et des erreurs en même temps. C’est pourquoi il faut essayer de tirer des leçons de cette crise pour être mieux préparé lors de la suivante.

Dans les détails, la prochaine crise sera différente de celle que nous venons de vivre. Par exemple, il est peu probable qu’elle vienne de nouveau des subprimes ou de produits financiers équivalents. C’est pourquoi, au moment d’élaborer une nouvelle régulation financière, il est important de ne pas se focaliser sur ce qui est spécifique à cette crise, mais de regarder les dimensions les plus essentielles qui risquent d’être présentes à l’avenir. En ce sens, il est très utile d’analyser cette crise dans une perspective comparative.

Dans un article récent, j’ai étudié les similitudes entre la crise actuelle et la crise japonaise du début des années 1990, et j’ai essayé d’en tirer des leçons pour la politique de régulation. Les parallèles entre ces deux épisodes sont remarquables, notamment du point de vue des réponses de politique économique. Les deux pays ont tout d’abord essayé d’éliminer les actifs non performants du secteur financier en créant de façon ad hoc des entreprises pour les gérer, bien que, dans le cas des Etats-Unis, ce plan ait été discuté mais jamais appliqué.

Ensuite, les deux pays ont mis l’accent sur la nécessaire recapitalisation des institutions financières, après avoir constaté que la pénurie de capital était un vrai problème. Dans les deux pays, des fonds publics ont été injectés dans les banques, sans véritable contrôle dans un premier temps. Après avoir constaté que se contenter de donner de l’argent aux banques n’était pas suffisant, les deux pays se sont lancés dans un processus minutieux d’examen pour déterminer précisément le montant de capital nécessaire dans chaque cas. Après cette recapitalisation plus attentive, la confiance est revenue sur les marchés financiers et le gros de la crise s’est achevé.

Les mauvaises dettes

Nous en sommes là en ce qui concerne la crise actuelle. De plus, nous savons ce qui s’est passé au Japon ensuite tout au long des années 1990. Bien que le calme soit revenu sur les marchés financiers, les problèmes bancaires ont persisté. C’était à cause de la non-résolution des problèmes de mauvaises dettes et du manque de restructuration des entreprises non performantes, qui sont les deux faces de la même chose. Le fait d’inciter les banques à prêter aux PME pour résoudre le problème de resserrement du crédit n’a été d’aucun secours, en ce sens que cela a plutôt contribué à augmenter le montant des mauvaises dettes détenues par les banques.

Ce n’est qu’en 2002, dans le cadre du plan Takenaka, que des efforts réels ont été mis en oeuvre pour débiter les mauvaises dettes et restructurer les entreprises. C’est seulement alors, dix ans après le déclenchement de la crise, que l’économie japonaise est sortie de la stagnation.

Il y a encore un risque que les Etats-Unis fassent la même erreur. Le plan Geithner a introduit des stress tests (tests de résistance) pour vérifier la solidité des banques à un nouveau choc. Cependant, maintenant que les banques ont passé avec succès ces stress tests, elles ont moins d’incitation à vendre leurs actifs à ce qu’elles considèrent comme un prix bas. Dans ce contexte, l’autre partie du plan Geithner, le programme d’investissement privé-public, mis en place pour éliminer les actifs non performants, n’est pas assez restrictif et systématique. Alors que la récession crée de facto de nouveaux actifs non performants, il est trop tôt pour parler de la fin de la crise.

Dans ces conditions, quelles leçons peut-on tirer de la crise actuelle et de la crise japonaise, notamment en matière de régulation financière ? La principale, selon nous, est la nécessaire mise en place d’un plan d’apurement pour les institutions financières les plus importantes. Dans le cas de la crise, c’est l’absence d’un tel plan pour les banques d’investissement qui a conduit au quasi-effondrement du système financier. Ce fut la même chose au Japon en 1997, après la faillite de la banque Hokkaido Takushoku. Aujourd’hui, alors qu’un plan existe pour les grandes banques, ce n’est toujours pas le cas pour les autres institutions financières.

Même s’il est encourageant de voir émerger l’idée que chaque institution financière doit préparer son propre plan d’apurement et le renouveler, il faut bien reconnaître que mettre au jour un tel plan est loin d’être facile. En plus d’un constat précis à l’intérieur de chaque banque, cela requiert une coopération de la part des institutions de régulation et du gouvernement pour identifier quels créditeurs des banques doivent prendre en charge les pertes, si nécessaire. Cela requiert aussi une coordination internationale qui est loin d’être acquise.

Cependant, si nous ne disposons pas d’un tel plan d’apurement, rapide et crédible, qui puisse être appliqué aux grandes institutions financières, alors il n’y aura toujours pas d’autres alternatives entre sauver les banques trop grandes pour faire faillite et laisser l’une d’entre elles faire faillite au risque de déstabiliser l’ensemble du système. Plutôt que d’essayer d’improviser une solution, il est important de se préparer à l’avance.

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