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Comment assassiner la PAC

Par Nicolas-Jean Brehon, economiste agricole (LIBERATION, 20/11/09):

Normalement, les positions des uns et des autres sur la politique agricole commune (PAC) étaient attendues pour 2010, au lancement des négociations sur le budget européen et de la PAC de l’après-2013. Mais le dossier brûle depuis trop longtemps. La dernière révolte paysanne a été l’occasion de montrer la force de mobilisation du monde agricole. La Commission n’a pas tardé à répondre en mettant ses armes en batterie. Car tous les observateurs savent que l’ultime combat s’annonce.

L’enjeu : gardera-t-on, demain, un budget annuel de 50 milliards pour la PAC ? La Commission européenne, comme quelques Etats membres influents, considère qu’il est temps d’en finir avec cette politique jugée archaïque qui coûte (1 000 milliards d’euros en vingt ans tout de même) et ne fait que des mécontents.

Alors, comment en finir ?

- Par les prix. L’Europe doit se mettre au prix mondial. Comme pour le textile ou le charbon. Et avec les mêmes conséquences. Sachant que c’est impossible pour la plupart des agriculteurs, la solution est la restructuration qui pousse les agriculteurs à abandonner leur activité pour ne conserver que les plus productives.

Cela conduit à une agriculture hyperspécialisée installée là où les rendements sont les meilleurs et les prix compétitifs au plan mondial : le sucre et les betteraves en France, le lait aux Pays-Bas, le porc en Allemagne…

- Par le budget. La négociation qui s’ouvre offre une opportunité exceptionnelle d’en finir avec la PAC. Jusqu’à présent, il n’y a eu que des escarmouches. Aujourd’hui, les crocs sont sortis.

Jusqu’à présent, le budget de la PAC n’a jamais été vraiment discuté. Lors de la précédente négociation qui s’est conclue en 2005 et qui a servi à établir le cadre financier actuel, l’accord sur la dotation agricole avait été scellé quelques années auparavant dans le cadre de la grande négociation budgétaire sur l’élargissement, entre le président français et le chancelier allemand, puis avait été repris par les Quinze, laissant un goût amer aux plus virulents. La Commission avait pleinement respecté l’accord politique : le budget PAC 2007-2013 avait été fixé au niveau conclu entre les Quinze. Ce ne sera pas le cas cette fois-ci. Pour la première fois, le budget de la PAC sera débattu au fond et coupé dans le vif.

- Par le poison. Car il existe une méthode beaucoup plus insidieuse pour casser la PAC : en la réformant et en élaborant un système de répartition des aides inique et même scandaleux.

Depuis 2003, les deux tiers du budget agricole sont affectés à des «droits de paiement unique» accordés à l’hectare, sans lien avec la production. Que l’agriculteur produise ou non, que les prix soient faibles ou élevés, il «touche» quand même ! Le budget communautaire n’organise pas autre chose qu’un système de rente. Qui peut défendre un tel système ? La PAC a été détruite par ceux-là mêmes qui l’ont réformée.

- Par les mots. La dernière accusation est de prétendre que la PAC ne présente aucune valeur ajoutée européenne. La première politique totalement communautarisée, qui a permis une restructuration totale du secteur, noue des solidarités insoupçonnées entre Etats membres et offre une panoplie complète d’enjeux (sociaux, environnementaux, culturels), mais n’a pas de valeur ajoutée ! Tous ces discours sont infamants. Humiliants pour les agriculteurs et indignes pour tous ceux qui croient à l’Europe. Mais à toute chose malheur est bon. Les hostilités sont déclarées. Même si le contexte n’est pas très favorable, il faut dès maintenant penser à la paix en trouvant la voie de réformes consensuelles.

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