À bas les modèles !

Il y a quelques temps, le modèle à la mode pour “les importants”, “les bien-pensants” c’était le modèle anglo-saxon symbolisé par le dragon irlandais dans notre continent européen. La faillite de l’Irlande les contraint de s’en détourner.

Nicolas Sarkozy s’est fait élire en vantant les mérites du libéralisme où tout était possible, mais il fallait faire adhérer le peuple d’où notamment le fallacieux, le mensonger “travailler plus pour gagner plus” directement emprunté à Madame Thatcher. Cinq ans après, le bilan est là : catastrophique pour les populations !

Aujourd’hui les mêmes, à deux mois de l’élection présidentielle, ont trouvé un nouveau hochet et c’est vers Berlin que nos élites se tournent, Alain Minc, véritable baromètre de la pensée dominante nous assène “il n’y a pas de modèles il n’y a qu’un modèle : il est allemand”. Ne venez pas le contredire, il détient la vérité, il n’y a qu’une politique possible, c’est comme ça et tant pis pour les conséquences.

Cependant pour ce monde là qui n’a pas de problèmes de fin de mois, permettez qu’on examine pour les salariés ce que signifie le modèle allemand dans la vie de tous les jours.

En Allemagne, très concrètement le modèle allemand mis en place par Schröder poursuivi et aggravé par Merkel, c’est 6,5 millions de travailleurs pauvres (25 % de la population active), 2,5 millions de salariés à moins de 9 euros de l’heure, c’est encore l’absence de salaire minimum (pas de SMIC !), une régression importante du pouvoir d’achat au cours des cinq dernières années.

Mais c’est aussi – et cela nous parle – l’obligation faite aux demandeurs d’emploi d’exercer n’importe quel boulot, ce qui a eu pour conséquence de voir la précarité exploser comme nulle part en Europe.

Flexibilité du travail, baisse des impôts, petits boulots (“jobs centers”), nombre d’emplois atypiques à temps partiel de moins de vingt heures par semaine, tandis que le nombre d’actifs disposant d’un emploi régulier a chuté de 3,8 millions selon l’office allemand des statistiques Destatis.

En réalité ce que l’on présente comme modèle n’est que l’adaptation des exigences du patronat allemand au démantèlement de l’Etat Providence.

Pour l’OIT le bilan est sans appel : “les inégalités sociales se creusent à rythme jamais vu”. Alors certes, ces reculs sociaux sans précédent pour les travailleurs allemands, font de leur pays le champion de la zone euro du point de vue des critères capitalistes et de leurs fameuses agences de notation. Mais est-ce bien le modèle à suivre pour les peuples ? Cette politique qui consiste à remettre en cause les acquis sociaux n’est pas à l’évidence une politique de coopération, mais de compétition exacerbée. Elle ne réduira pas l’écart de compétitivité entre les travailleurs européens avec ceux de l’Inde et de la Chine, mais sert à aligner par le bas, par la précarité et le chômage qui, au final, ne sert qu’à garantir le niveau des profits en ajustant la masse salariale dès que l’activité se réduit.

Ce cours nouveau du capitalisme est ce que Marx appelait le règne du fétichisme de l’argent, la production devient prédation pour le capital à la place de répondre aux besoins pour l’épanouissement du plus grand nombre.

Mais ce nouvel âge du capitalisme, qui conditionne l’orientation politique de l’Union Européenne et des gouvernements qui la composent soulèvent une autre question politique au moins aussi importante que celle des politiques économiques et sociales que l’on veut imposer aux peuples ; quid de la démocratie ? Un seul modèle, une seule orientation serait possible.

Le choix dans lequel on veut nous enfermer pour notre plus grand bien serait que nous nous prononcions au mieux entre Coca et Coca-light ? Dans cet univers là, le peuple grec devient responsable de la turpitude de ses dirigeants, en Italie on passe de la tragi-comédie aux experts et cela sans élections, les rares fois où les populations sont consultées on ne tient pas compte de leur vote comme ce fut le cas pour le Traité Constitutionnel Européen.

À contrario, Nicolas Sarkozy est prêt a organisé des référendums pour désigner des boucs émissaires que seraient les chômeurs et les immigrés.

Cerise sur le gâteau, sont montrés du doigt comme populistes non pas ceux qui agissent de la sorte mais au contraire ceux qui persistent à croire que la politique c’est examiner le champ des possibles et que par conséquent il n’y a pas règles d’or, de diktats économiques, de modèles, pas plus qu’hier il n’y avait de grand leader ou de parti guide.

En définitif, sous couvert d’exemplarité ce qui est défendu par nos dirigeants c’est bien le démantèlement du modèle social européen, l’Allemagne en étant désormais l’élément moteur.
Dans la novlangue libérale “réforme” et “modèle” signifient clairement “sacrifice”, “austérité”, “remise en cause d’acquis sociaux”.

Au niveau politique cela se traduit par le MES (Mécanisme Européen de Stabilité), si celui-ci était ratifié cela consacrerait la victoire totale du modèle néo-libéral mais là encore étant donné l’importance pour les peuples de la ratification de ce texte, il est particulièrement choquant, révoltant qu’il fasse l’objet de si peu de débats et plus encore qu’il ne soit pas soumis à une consultation démocratique.

Cependant il n’y pas de fin de l’histoire, pas de fatalité, rien ne peut nous faire croire que le système dans lequel nous vivons est indépassable. Les peuples européens se sont révoltés à maintes reprises pour avoir le droit de choisir leur destin, pour vivre dignement, pour s’émanciper de toutes les tutelles.

La révolution citoyenne est peut-être une étape pour reprendre le flambeau, pour inventer du neuf, où l’économie, les richesses produites seraient au service des besoins des producteurs, où enfin les promesses de la République seraient notre présent. Relevons ce défi et comme le disait La Boétie : “Ils ne sont puissants, que parce que nous sommes trop souvent à genoux”. Il est temps en Europe de se lever !

Par Patrick Brody, syndicaliste.

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