Accord nucléaire avec l’Iran: ne nous laissons pas duper

Alors que l’accord imminent sur le nucléaire iranien monopolise aujourd’hui tous les esprits au plan international, il paraît judicieux d’analyser la problématique dans une perspective plus large. Gardons à l’esprit que, pour le régime iranien, derrière cet accord se cache l’ambition à peine dissimulée et ancienne de constituer, sous son égide, un «croissant chiite», véritable noyau d’une nouvelle civilisation islamique au Moyen-Orient. L’accord final sur le nucléaire (qui pourrait être signé le 30 juin) renforcerait cette ambition en conduisant immanquablement à un accroissement de l’insécurité et des conflits au plan régional comme international.

Rappelons d’emblée que l’Iran est le deuxième producteur de gaz et de pétrole au Moyen-Orient, après l’Arabie saoudite. Stratégiquement situé entre la mer Caspienne et le golfe Persique, le régime n’a pas dépensé un sou dans l’énergie solaire et les énergies sûres, en dépit d’un capital d’ensoleillement sans pareil, ce qui interroge sur sa prétendue volonté de diversifier ses sources d’approvisionnement énergétiques…

Par ailleurs, le peuple iranien n’a jamais été consulté sur la question nucléaire. Tandis que la rhétorique du régime se borne à insister sur le «droit à l’énergie nucléaire», les Iraniens de la rue, eux, privilégient le respect de leurs droits fondamentaux en matière de liberté d’expression et d’opinion, d’accès à l’éducation, au travail et à la santé.

Dès son arrivée au pouvoir en 1979, le régime des mollahs a basé sa politique extérieure sur un seul «credo»: exporter la révolution islamique dans le monde en construisant ce fameux croissant chiite. Un projet que n’a pas manqué de rappeler Ali Khamenei, le guide suprême, à l’occasion du 36e anniversaire de la République islamique, le 11 février dernier. De son côté, le numéro deux du régime, Qasem Soleimani, chef de la force Al-Qods qui figure sur la liste noire américaine en raison de son soutien au terrorisme, a déclaré que le croissant chiite constituait également un enjeu économique important pour l’Iran: le contrôle de 80% des ressources en pétrole du Moyen-Orient.

Le soutien de l’Iran au régime de Bachar el-Assad à Damas, aux chiites en Irak, aux talibans en Afghanistan, au Hamas à Gaza, au Hezbollah à Beyrouth et aux Houthis du Yémen s’inscrit dans cette vaste perspective stratégique. L’objectif déclaré des dirigeants d’Al-Qods est de déstabiliser l’ensemble de la région pour instaurer des régimes forgés sur l’idéologie du «Velayat-e faqih» (jurisprudence islamique du chiisme duodécimain) qui obéiraient désormais aux ordres du guide suprême iranien à Téhéran. La multiplication des milices chiites telles que les «Saraya al-Khorasani» en Irak ou le «Hezbollah syrien» sous l’égide de la force Al-Qods dépendant directement d’Ali Khamenei – responsable de toutes les forces armées et détenteur d’un droit de veto sur toutes les décisions de la présidence et du parlement iraniens – constitue l’expression vivante de cette stratégie.

Afin d’instaurer son système du «Velayat-e faqih» et de se protéger des menaces extérieures, le clergé iranien a décidé d’accéder aux technologies nucléaires. Contrairement à ce que laisse entendre le discours d’Obama qui, pour obtenir de la part des républicains un soutien au Congrès à son accord avec l’Iran, a rappelé que l’ayatollah Ali Khamenei avait décrété une «fatwa» (commandement religieux) considérant la bombe atomique comme «haram» (interdite, ndlr) ce qui démontrerait que l’Iran rejette la bombe nucléaire. En réalité, le régime cherche activement à en disposer, comme en témoignent de nombreux rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Pour mémoire: le premier chef d’Etat à féliciter le Pakistan pour sa bombe nucléaire, en mai 1998, n’était autre que le guide suprême iranien.

Si le régime cherche aujourd’hui un accord international sur son programme nucléaire dont il met en avant de manière «soft» les enjeux prétendument civils alors que les arrière-pensées belliqueuses sont manifestes, c’est surtout pour échapper à la pression des sanctions économiques qui commencent à peser lourd notamment dans le contexte actuel des différents conflits en Syrie, en Irak, en Palestine, au Yémen et au Liban qui coûtent très cher au pays. En signant un accord avec l’Occident, le régime a pour principale ambition d’échapper à de nouvelles sanctions économiques avec en prime, véritable cerise sur le gâteau, l’avantage de semer la zizanie au sein de la coalition internationale.

Force est malheureusement de constater que l’accord sur le nucléaire iranien qui se profile à l’horizon n’apporte que très peu de garanties tangibles quant aux modalités de sa mise en œuvre et son respect à moyen terme. N’oublions pas que l’idéologie du régime est basée sur le principe islamique de la «taqiya», selon lequel il est légitime de dissimuler sa stratégie à son ennemi et a fortiori aux infidèles.

Pour le peuple iranien lui-même, chaque reprise du dialogue ou rapprochement avec l’Occident ne diminue pas mais au contraire intensifie la répression intérieure, notamment contre les minorités kurdes et les opposants politiques. C’était le cas à l’époque du président Khatami, c’est pareil aujour­d’hui sous le mandat du président Rohani, où le nombre des pendaisons atteint des niveaux record.

Taimoor Aliassi, Président de l’Association pour les Droits humains au Kurdistan d’Iran-Genève (KMMK-G)

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