Afrique du Sud: «So help me God»

Cyril Ramaphosa, nouveau président de l’Afrique du Sud, après la démission de Jacob Zuma. Cape Town, 16 février 2018. © RUVAN BOSHOFF / AP Photo
Cyril Ramaphosa, nouveau président de l’Afrique du Sud, après la démission de Jacob Zuma. Cape Town, 16 février 2018. © RUVAN BOSHOFF / AP Photo

Il est important de rendre hommage à deux figures du syndicalisme en Afrique australe tant leurs parcours politiques se ressemblent, même si leurs destins divergent. Il s’agit de Morgan Tsvangirai, du Zimbabwe, mort d’un cancer à 65 ans dans un hôpital de Johannesburg le 14 février, et Cyril Ramaphosa, ancien syndicaliste, 65 ans également, devenu président de l’Afrique du Sud après la démission forcée de Jacob Zuma. Morgan Tsvangirai a lutté toute sa vie pour la démocratie et le multipartisme. Bête noire de Robert Mugabe, que ses sbires ont emprisonné à plusieurs reprises, il a été torturé et menacé de mort. Sa femme est ainsi décédée lors d’un accident provoqué par ses ennemis. En 2008, il avait gagné le premier tour des élections présidentielles et proposé une union nationale avec le parti de Mugabe, la Zanu-PF. Des violences ont alors éclaté, faisant 200 morts, ce qui l’a persuadé de se retirer.

L’ensemble de la classe politique a salué sa mémoire, à commencer par le président Emmerson Mnangagwa (ancien militaire), qui a succédé à Mugabe il y a trois mois. L’Union européenne a loué son courage. Tsvangirai est mort pauvre, alors que Mugabe reçoit une confortable rente avec la promesse qu’on ne touchera pas à ses nombreuses propriétés dans un pays qu’il a ruiné.

Zuma tenu en échec

Quant à Cyril Ramaphosa, Nelson Mandela l’avait pressenti pour lui succéder. Mais les vieux cadres de l’ANC (African National Congress) refusèrent, lui préférant Thabo Mbeki, plus manipulable. Ramaphosa se tourna alors vers le privé, où il fit fortune, tout en restant fidèle à l’ANC, qui l’a élu président en décembre dernier. Il a ainsi barré la route à Nkosazana Dhlamini Zuma, ex-femme de Jacob Zuma et qui a présidé la Commission de l’Union africaine (2002-2014). Zuma a tout tenté pour qu’elle soit élue présidente de l’ANC afin de devenir présidente de l’Afrique du Sud et lui garantir en dernier ressort l’impunité. Car lui aussi était en train de dévaliser son pays avec la complicité de la famille indienne les Gupta. Le clan Zuma reste aux commandes de nombreux postes stratégiques.

La prestation de serment de Ramaphosa était empreinte de modestie, d’humilité et du désir de faire du bien pour tous les Sud-Africains: «So help me God», a-t-il déclaré. Son discours sur l’Etat de la nation, devant le parlement au Cap, a été ovationné par tous les partis. Il a jusqu’aux prochaines élections en 2019 pour réussir son pari.

La maturité de l’Afrique du Sud

Pourquoi donc le destin de Tsvangirai a-t-il été si tragique alors que Ramaphosa a pu accéder à la présidence? C’est le problème de nombreux pays d’Afrique: RDC, Burundi, Guinée-Bissau, Cameroun, Tchad, etc. sacrifient les gens les plus compétents ainsi qu’une partie de leur jeunesse qui, faute de travail, doit émigrer. Ces présidents sont à l’écoute de multinationales puissantes et de pays étrangers corrupteurs qui les aident à se maintenir en place dans le but de bénéficier des faveurs nécessaires pour piller les ressources de ces pays.

En Afrique du Sud, la démocratie est désormais enracinée, les institutions sont stables, la société civile bien éduquée. Si l’ANC a accepté de démissionner le président Zuma, c’est pour regagner des voix perdues par les extravagances et les scandales de son gouvernement. Cette victoire de la démocratie et de l’Etat de droit aura sans doute des répercussions positives sur tout le continent qui aspire à une vraie indépendance. C’est aussi ce que souhaite l’Union africaine.

Christine von Garnier, sociologue et journaliste.

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