Aider la Catalogne à voter, c’est aider la démocratie

La Catalogne vit aujourd’hui des moments troublés, à quelques jours de son référendum sur l’indépendance, que le gouvernement espagnol veut à tout prix empêcher. Or, la situation est intellectuellement très simple et peut se résumer à quelques questions faciles. Existe-t-il un différend sur la question de l’indépendance de la Catalogne entre, d’une part, les institutions catalanes et, d’autre part, les institutions espagnoles ? Bien sûr. Est-il envisageable de résoudre ce différend par un biais qui ne soit pas strictement démocratique ? Bien sûr que non. Y a-t-il un outil de résolution de différends territoriaux plus légitime, plus démocratique, plus pacifique et plus limpide que le référendum ? Bien sûr que non.

Depuis les trente dernières années ont eu lieu une cinquantaine de référendums d’indépendance dans le monde, parfois à la suite d’un accord entre le territoire susceptible de devenir indépendant et le gouvernement du pays d’origine, parfois de façon unilatérale. Le référendum est donc un outil à la fois banal et approprié, qu’il serait tout à fait légitime d’utiliser en Catalogne, où tous les sondages montrent qu’entre 70 % et 80 % de la population désire s’exprimer par ce biais.

En outre, depuis plusieurs années, les indépendantistes, au pouvoir en Catalogne, ont toujours cherché à négocier un référendum avec le gouvernement espagnol, sans succès. Leur décision d’organiser un référendum unilatéral vient exclusivement du fait que ce référendum faisait partie de leur programme électoral, et du refus constant du gouvernement espagnol de s’asseoir à une table de négociation, à l’instar de ce qu’ont fait, il n’y a pas si longtemps, les indépendantistes écossais et le premier ministre britannique.

Le gouvernement et le Parlement espagnols, pour s’opposer au vote démocratique des Catalans, s’arc-boutent sur la Constitution, qu’ils se refusent à modifier, comme si une Constitution était une sorte d’objet sacré, et non un outil qu’il est nécessaire d’amender pour l’adapter aux besoins des populations ou aux changements des mentalités.

Mépris souverain

Cette obstination du pouvoir espagnol a débouché sur un état d’exception de facto en Catalogne, où les institutions sont attaquées et où la présence policière espagnole est devenue plus qu’inquiétante. Il y a aujourd’hui plus de policiers espagnols déployés en Catalogne qu’il n’y en a jamais eu au Pays basque aux pires heures du terrorisme de l’ETA. Que cherche cette police ? Des armes ? De la drogue ? Des terroristes ? Non, des urnes, des bulletins de vote et des affiches électorales.

Voilà un spectacle inédit, a priori impensable en toute autre démocratie européenne. Ces derniers jours, la police espagnole a arrêté des hauts responsables politiques et techniques, a opéré des perquisitions, parfois sans autorisation judiciaire, dans des rédactions de journaux et des imprimeries, a ouvert du courrier dont la confidentialité est protégée par la loi, a fait fermer des sites Web du gouvernement catalan. Et un long et inquiétant etc.

Les Catalans, très majoritairement, veulent voter, pour ou contre l’indépendance. Le gouvernement espagnol veut les en empêcher, en employant la force s’il le faut. Ce faisant, il montre un mépris souverain ; y compris pour les partisans de l’union entre la Catalogne et l’Espagne, qui souhaitent, parce qu’ils sont démocrates, s’exprimer par les urnes. Il est par ailleurs évident que la répression policière du référendum ne fera en rien renoncer les indépendantistes, qui sont plus nombreux au fur et à mesure de l’application de mesures d’exception.

Que l’on soit pour ou contre l’indépendance de la Catalogne, il est donc devenu urgent de reconnaître que la question catalane n’est pas une question strictement interne à l’Espagne. Car il faut bien constater que le pouvoir espagnol, avec l’accord tacite d’une grande partie de l’opposition parlementaire, glisse vers une forme larvée de post-franquisme, de nationalisme exacerbé. Il est devenu urgent d’aider la Catalogne, non pas à devenir indépendante, mais à s’exprimer sur son indépendance. C’est un devoir moral et une évidence politique. Car aujourd’hui, aider la Catalogne à voter, c’est aider la démocratie.

Par Joan-Lluís Lluis, ecrivain d’expression catalane.

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