Après avoir été humilié à Pékin, Barack Obama doit défendre le dissident chinois Liu Xiaobo

Vendredi 25 décembre, un réformiste modéré, Liu Xiaobo, a été condamné à onze ans de prison par le gouvernement chinois au simple motif qu’il avait fait circuler et signé une pétition, la Charte 08, qui réclame les réformes politiques et les droits humains fondamentaux dont une grande partie du monde bénéficie déjà.

Il s’agit d’un message clair à l’adresse de tous ceux qui demandent de la retenue à une Chine dotée d’une puissance toute neuve, et qui occupe désormais une place de premier rang dans les réunions de la gouvernance mondiale : «Puisque vous avez réclamé à grand bruit la libération de Liu après son arrestation, nous le punirons encore plus sévèrement. Cela vous fera comprendre, sans la moindre ambiguïté, que non seulement nous nous moquons de ce que vous pensez, mais que nous n’avons même pas à nous en préoccuper.»

Si des diplomates allemands et australiens comptaient parmi la vingtaine de personnes autorisées à assister au «procès public», le fait qu’aucun membre de l’ambassade américaine n’y ait été admis devrait être considéré comme une provocation flagrante envers les Etats-Unis.

Nous autres Chinois connaissons bien cette arrogance autoritaire.

A l’époque de Mao Zedong et de Deng Xiaoping, lorsque je fus emprisonné durant quinze ans pour le «crime abominable» d’avoir placardé une affiche, le gouvernement chinois se comportait de la même façon à l’égard de l’opinion publique internationale. Si le peuple chinois, se disaient les responsables du Parti communiste, voit avec quelle insouciance le gouvernement rejette les préoccupations exprimées par les puissants étrangers, il comprendra aussi qu’il n’a pas d’autre choix que de se soumettre à l’autorité impérieuse du gouvernement.

Il y eut quelques changements sous Jiang Zemin. Afin de réduire la pression internationale et de développer l’économie dans des conditions commerciales favorables de la part des Etats-Unis, le régime chinois fit quelques concessions.

Entre autres gestes, je fus libéré de prison et expulsé vers les Etats-Unis. Ces concessions déclenchèrent une violente réaction de la part des partisans de la ligne dure au sein du Parti, en dépit du fait qu’au cours de ces années la rapide croissance chinoise fut alimentée en grande partie par l’énorme déficit commercial américain.

A présent que les dirigeants chinois estiment que la prospérité de leur pays en fait un acteur de l’histoire du monde, tandis que le prestige américain a été entamé par la guerre en Irak et la récente catastrophe financière, les tenants de la ligne dure ont pu une nouvelle fois reprendre la main.

Il ne fait aucun doute qu’il y a du vrai dans l’idée selon laquelle le retour d’une telle arrogance est encouragé par le rôle de la Chine en tant que principal créancier d’une Amérique endettée. C’est assurément l’une des raisons pour lesquelles la direction chinoise se sent autorisée à insulter le président Barack Obama, comme elle l’a fait lors de sa récente visite en Chine en empêchant la retransmission de son discours [devant les étudiants de Shanghaï], et en envoyant des responsables de deuxième ordre négocier avec lui lors du sommet de Copenhague sur le climat avant que le premier ministre, Wen Jiabao, à la dernière minute, consente finalement à lui accorder une audience.

L’humiliation ainsi faite à Barack Obama n’a rien de personnelle. Elle sert aux dirigeants chinois à marquer la puissance chinoise sur la scène mondiale. Mais surtout, comme sous Mao Zedong et Deng Xiaoping, s’opposer à la superpuissance américaine vise à endiguer une opposition interne grandissante et à contraindre un peuple chinois de plus en plus impatient à se soumettre à la dictature du parti unique.

C’est là un objectif particulièrement critique, puisqu’une plus grande démocratie en Chine mettrait à nu les propres problèmes économiques du pays.

La façon dont le président Barack Obama répondra à cette provocation ne concerne pas seulement son honneur et sa fonction ; il s’agit de défendre les valeurs démocratiques de l’Occident face à un défi dont l’enjeu est la primauté idéologique au XXIe siècle.

L’affaire Liu Xiaobo offre au président américain l’occasion de sauver la face et de se dresser contre l’arrogance nuisible des tenants de la ligne dure. Vu que l’affaire Liu doit être jugée en appel devant une plus haute cour, les Etats-Unis et le reste de l’Occident devraient demander avec fermeté que sa sentence soit suspendue.

Une telle position permettrait d’affaiblir les durs du Parti tout en renforçant les voix de ceux qui réclament une réforme pacifique en Chine. Si les Etats-Unis n’opposent aucune résistance, les durs du Parti continueront à exercer leur pression, entraînant des conséquences négatives dans tous les domaines, depuis les échanges commerciaux et l’évaluation des devises jusqu’à la sécurité mondiale et au changement climatique.

Les Etats-Unis doivent peut-être beaucoup d’argent à la Chine, mais ils ont une dette encore plus grande à l’égard de leurs principes fondateurs de liberté et de droits humains. Si l’Occident, emmené par les Etats-Unis, ne contrebalance pas le poids nouveau de la Chine dans l’ordre mondial, qui le fera?

Wei Jingsheng, dissident chinois expulsé aux Etats-Unis, défenseur des droits de l’homme et du mouvement démocratique. Traduit de l’anglais par Gilles Berton.