Après la séparation du Soudan, un engagement plus solide de la région est requis

Au cours de la période précédent le référendum de janvier sur la séparation du Sud-Soudan, l’Union africaine (UA) et les pays voisins se sont fortement attachés à empêcher que les désaccords continus quant à la démarcation des frontières, le partage du pétrole, la citoyenneté et autres questions controversées ne viennent faire dérailler le référendum. Grâce à la médiation du Groupe de haut niveau de l’Union africaine sur le Soudan et aux efforts des gouvernements africains et occidentaux, dont les ressources nécessaires pour le préparer, un référendum pacifique a été réalisé et le résultat accepté par les deux parties.

Ce succès, et la récente déclaration d’indépendance de la République du Sud-Soudan, n’exonèrent pas la région de ses responsabilités vis-à-vis des deux Soudans, compte-tenu des défis auxquels les relations entre les deux Etats font encore face. En effet, au cours des derniers mois, le cycle de la violence s’est intensifié dans des proportions nouvelles, en particulier suite aux récentes agressions militaires à Abyei et au Kordofan-Sud.

Les dispositions de l’Accord de paix global de 2005 (CPA) ayant expiré, les négociations en cours entre les deux parties sont devenues de plus en plus incertaines et bon nombre des problématiques les plus difficiles, telles que la démarcation des frontières et les dispositifs de sécurité, ne sont toujours pas résolues. Les répercussions d’une reprise du conflit entre le Nord et le Sud-Soudan sont potentiellement désastreuses pour les civils et pour la région. En termes purement économiques, le coût de la reprise d’un conflit entre le Nord et le Sud-Soudan a été estimé à 75 milliards de dollars US en perte de PIB pour le Soudan et sa région voisine. Afin de garantir la paix et la stabilité suite à la séparation, la région doit être forte, concentrée et impliquée dans son engagement envers le Soudan. La protection des civils doit être primordiale pour exhorter les deux parties à se conformer au droit international. Les deux parties devraient être encouragées à établir un cadre à travers lequel elles pourront continuer à mettre en œuvre leurs obligations telles que codifiées sous l’Accord de paix global.

Les hostilités en cours au Kordofan-Sud attestent de la fragilité des lignes de fracture entre le Nord et le Sud. Depuis que les hostilités ont éclaté en juin, un nombre considérable de civils ont été tués, beaucoup d’autres blessés et environ 200 000 déplacés. Une mission d’établissements des faits de l’UA est requise d’urgence afin de mener une enquête indépendante sur les atrocités présumées commises dans la région. Des efforts diplomatiques forts de la part de la région sont également nécessaires pour empêcher la situation dans le Kordofan-Sud de dégénérer davantage. La communauté des nations solidaire envers la détresse des peuples du Soudan doit veiller au respect par les deux parties de l’accord existant pour mettre fin aux hostilités entre le gouvernement du Nord Soudan et la faction du nord du Mouvement de libération du peuple soudanais (SPLM-N). Les parties devraient aussi être exhortées à se conformer aux engagements de maintien d’une zone démilitarisée à travers la frontière Nord-Sud.

La communauté internationale, à travers le Conseil de sécurité des Nations unies, a un rôle crucial à jouer pour s’assurer que la nouvelle mission onusienne de maintien de la paix au Sud-Soudan (Unmiss) recevra le soutien politique et les ressources permettant de mettre en œuvre efficacement son mandat de protection des civils. Les pays contributeurs de troupes de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et de l’UA devraient apporter l’appui nécessaire, notamment par la provision de casques bleus désireux et capables de fournir une approche solide pour la protection des civils.

Un important soutien international sera également requis pour assurer la viabilité du nouvel Etat du Sud-Soudan. Le nouvel Etat devra être capable de protéger sa population contre la violence en cours, gouverner de manière responsable, respecter la démocratie et combattre la pauvreté. Les relations à long terme avec le Sud-Soudan devraient être évaluées en fonction de sa capacité à relever ces défis, alors que les relations avec le Nord devraient être fondées sur des négociations pacifiques et des compromis que les deux partis ont le devoir de poursuivre avec le soutien des acteurs internationaux.

Le devoir sacré de l’Union africaine et des pays voisins d’aider le Nord et le Sud-Soudan à parvenir à une paix durable ne prend pas fin avec l’indépendance du Sud et l’expiration du CPA. Au contraire, ces étapes dans l’histoire du Soudan devraient marquer le début d’une nouvelle série d’engagements plus vigoureux entre la région et les deux Soudans.

Par Lazaro Sumbeiywo, ex-médiateur kényan de l’Igad pour le Soudan, 2001-2005.

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