Arméniens, visez une voie rapide vers l'adhésion à l’Union européenne

Le chancelier allemand Olaf Scholz, le premier ministre arménien Nikol Pachinian, le président du Conseil européen Charles Michel, et le président français Emmanuel Macron (de gauche à droite) à Grenade le 5 octobre 2023 pour la troisième réunion de la Communauté politique européenne. LUDOVIC MARIN/AFP
Le chancelier allemand Olaf Scholz, le premier ministre arménien Nikol Pachinian, le président du Conseil européen Charles Michel, et le président français Emmanuel Macron (de gauche à droite) à Grenade le 5 octobre 2023 pour la troisième réunion de la Communauté politique européenne. LUDOVIC MARIN/AFP

Au carrefour du Caucase, assaillie par les rivalités régionales, l'Arménie est à la croisée des chemins. Violemment vaincus dans le Haut-Karabakh, confrontés à un nettoyage ethnique aux précédents malheureux, en lutte pour accueillir décemment leurs réfugiés, les Arméniens se demandent quelle étape suivra.

En tant qu'ancien négociateur en chef de l'Accord d'association avec l'UE pour l'Arménie, dont le texte avait été accepté et prêt à la signature en 2013, avant d'être abandonné par l'Arménie, je suggère la réponse suivante à mes compatriotes : persévérez et visez une voie rapide vers l'adhésion à la famille européenne des nations partageant nos valeurs.

C'est la seule décision à prendre pour un pays qui, malgré un passé tumultueux et une géographie précaire, est engagé en faveur de la démocratie, les valeurs libérales et les principes du marché libre. Pour l'Union européenne, dont la vocation est a minima questionnée par certains, récompenser cette posture serait une opportunité à tirer parti d'une situation et une chance unique de choisir la bonne voie.

Le principal obstacle pourrait être la préoccupation à intégrer une nation en guerre ; il est donc important de souligner que l'Arménie n'a aucune revendication auprès de ses pays voisins. Sa position dans le conflit du Haut-Karabakh, y compris pendant ma période d'engagement dans les pourparlers de paix en tant que ministre des Affaires étrangères, a été modérée, visant un compromis durable. Le conflit du Haut-Karabakh n'était pas un différend territorial, il est une préoccupation justifiée quant à une menace existentielle.

Le Haut-Karabakh est une terre historique arménienne, que l'Union soviétique a rattachée à l'Azerbaïdjan en 1921, générant une situation difficile à inverser. L'autonomie obtenue par l'enclave à la chute de l'URSS était un arrangement équitable, mais l'Azerbaïdjan a par la suite choisi une utilisation brutale de la force et proféré la menace existentielle à deux reprises. Après dix mois de famine par blocus, il a attaqué l'enclave le 19 septembre 2023 et plus de 100.000 personnes ont depuis fui en Arménie.

Ce nettoyage ethnique ne peut être légitimé. Les revendications de l'Azerbaïdjan sur l'Arménie sont concrètes, évoquant la nécessité de créer un corridor à travers le territoire arménien et questionnant la légitimité du pays dans son ensemble. Le récit de l'Arménie est construit de tels défis : le génocide de 1915 fut autant un symbole que le prélude de relations complexes, s'il en est, avec les deux nations voisines.

Nous avons cherché la stabilité par le biais de partenariats : celui avec la Russie s'est avéré une erreur. Il a donné l'image d'une Arménie complaisante, à l'heure où la Russie devenait officiellement belliqueuse sur la scène mondiale et signait, en 2022, un accord d'alliance avec l'Azerbaïdjan. Ses prétendus casques bleus déployés autour du Haut-Karabakh en 2020 n'ont finalement rien fait pour empêcher le blocus et le nettoyage ethnique.

L'UE, qui nage parfois entre deux eaux avec certains États membres ou avec des candidats comme la Turquie, tirerait elle-même beaucoup de bénéfices en intégrant l'Arménie à une famille à laquelle elle semble appartenir.

Nous avons souffert de nombreuses erreurs dans la construction de l'État et de la résilience institutionnelle arménienne ; mais nos capacités ont considérablement évolué depuis l'indépendance du pays en 1991 et depuis la Révolution de velours de 2018, caractérisée par des manifestations massives et le désir de réforme démocratique. Depuis lors, l'Arménie a réalisé des progrès notables en se conformant aux critères d'adhésion à l'UE. Elle a montré un engagement envers la démocratie, entrepris des réformes économiques et amélioré ses cadres juridique et institutionnel.

La signature de l'Accord global et renforcé de partenariat (CEPA) entre l'Arménie et l'UE en 2017 a jeté les bases juridiques de liens plus étroits : accélérer son adhésion ne viendrait pas seulement valider les progrès de l'Arménie, mais fournirait également un cadre pour un développement pérenne et soutenu.

Pour commencer, revoir le contenu et la portée de cet accord aiderait à introduire la pleine puissance de l'alignement normatif avec l'UE, catalyserait des réformes économiques, améliorant la compétitivité de l'Arménie : accès accru au marché, investissements étrangers, transferts technologiques. Cela signalerait également la reconnaissance des préoccupations de sécurité de l'Arménie et contribuerait à la stabilité régionale, dans le contexte d'un Caucase du Sud occupant une position stratégique vitale, corridor pour le transit énergétique et les routes commerciales. L'UE a ainsi un intérêt direct à assurer la stabilité de cette région, pour des raisons économiques, mais aussi dans le cadre d'une stratégie plus large visant la paix et la démocratie à ses frontières.

Zohrab Mnatsakanyan était le ministre des Affaires étrangères de l'Arménie entre 2018 et 2020.

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