Au sein de la zone euro, « les griefs-clés entre pays sont restés sans réponse »

L’euro a eu 20 ans cette année. Cet anniversaire est une occasion de réflexion sur la robustesse de sa gouvernance économique. La crise financière mondiale de 2008 et la crise de la dette en euro de 2010 à 2012 ont révélé que notre Union économique et monétaire (UEM) n’était pas préparée à faire face à une récession majeure liée à des perturbations financières. Depuis lors, beaucoup a été fait dans le renforcement des institutions.

Nous avons notamment achevé la première étape de l’union bancaire en établissant un superviseur unique ainsi que des règles et des fonds communs pour la résolution des défaillances bancaires. Nous disposons d’un mécanisme de stabilité européen qui pourrait intervenir dans les crises souveraines en fournissant des prêts aux pays en difficulté.

Une assise plus solide

Le processus de réforme est toutefois incomplet. Nombre des problèmes identifiés lors de la dernière crise réapparaîtront dans une crise future. Les griefs-clés restent sans réponse. Les pays qui ont subi le plus lourdement la crise ont le sentiment que l’austérité leur a été imposée, que la zone euro n’offre toujours pas de filets de sécurité et qu’elle pénalise leurs banques et leurs entreprises, pour qui l’accès au crédit est relativement coûteux. Les pays créanciers, de leur côté, ont le sentiment de vivre dans un système qui ne fait pas respecter les règles et les expose à des passifs budgétaires potentiels et opaques.

L’euro est un pilier important de l’Union européenne (UE). Un retour aux monnaies nationales, dans le contexte d’un marché des capitaux mondialisé, créerait une instabilité qui exposerait les petites économies ouvertes de l’UEM à une forte volatilité financière et à des ajustements douloureux face aux chocs négatifs. Mais pour bénéficier des avantages de la monnaie commune, nous devons lui donner une assise plus solide. C’est urgent.

Fort de cette motivation, le Centre for European Policy Research (CEPR) a mis en place un groupe de travail indépendant composé d’universitaires et d’experts politiques renommés, chargé de débattre et de concevoir les prochaines étapes. Ses membres représentent différents pays et défendent des perspectives différentes, mais ils ont une conviction commune : un débat basé sur la recherche nous permettra de converger vers un programme de réformes susceptible d’informer et d’inspirer le processus politique.

Nous nous appuyons sur des recherches antérieures du CEPR, y compris le rapport d’un groupe d’économistes franco-allemand publié il y a un an. Le nouveau groupe CEPR est plus large et plus diversifié. Il en va de même de son programme de travail, qui portera non seulement sur la stabilité économique et financière, mais également sur des questions, telles que la croissance, la productivité et la répartition des revenus.

Trois objectifs principaux

La première réunion d’experts a lieu à Paris, au Collège de France les 15 et 16 avril. Dans l’après-midi du 16 avril, au moment de la clôture des conférences, nous organiserons une table ronde ouverte au public sur les priorités de la réforme de la zone euro. Nous accueillons une large participation et un débat interactif, dans la meilleure tradition du Collège.

Nos discussions se concentreront sur trois objectifs principaux.

Premièrement, créer un meilleur mécanisme pour atténuer les crises et partager les risques entre les citoyens de l’Union. Cela inclut des mécanismes de résolution pour les banques, des liquidités versées à des institutions financières en difficulté afin de garantir la même protection aux dépôts de tous les citoyens de l’UEM quel que soit leur lieu de résidence, et la création d’un marché des capitaux unifié pour la zone euro.

Il devrait également inclure des mécanismes budgétaires qui aident les pays subissant de très graves récessions, et permettent à la Banque centrale européenne de stabiliser plus facilement la production et l’inflation dans l’ensemble de la zone euro. L’objectif ultime de ces réformes serait de minimiser les risques que les crises entraînent soit une austérité préjudiciable, soit de très gros emprunts publics assortis de perspectives de remboursement incertaines comme ce fut le cas en 2010-2012, en particulier lors de la crise grecque.

Deuxièmement, concilier ce meilleur partage des risques avec de meilleures politiques de prévention des crises. Les filets de sécurité évoqués plus haut devraient renforcer, plutôt qu’affaiblir, les incitations à des politiques responsables au niveau national. Ils devraient également inclure une réforme des règles budgétaires de l’UE afin de les rendre plus simples et plus faciles à appliquer. Enfin, le pouvoir et le champ d’action des superviseurs des banques, des assurances et des marchés financiers au niveau de la zone euro doivent être réexaminés et, le cas échéant, étendus.

Ennemis politiques de l’euro

Troisièmement, augmenter la croissance dans la zone euro et la rendre plus inclusive. La croissance de la productivité dans la zone euro a été sous-performante au cours de la dernière décennie par rapport à la décennie précédente et aux Etats-Unis. Au sein de la zone euro, il existe des écarts importants et systématiques dans les performances de croissance, certains pays, notamment l’Italie, n’ayant pas progressé du tout depuis le début des années 2000.

Les réformes qui aident l’intégration des marchés des capitaux de l’UE et permettent aux entreprises de tous les Etats membres d’accéder à des capitaux à des coûts comparables devraient réduire ces différences. En outre, les économistes préconisent depuis longtemps des réformes facilitant l’entrée des nouvelles entreprises sur les marchés, renforçant le dynamisme des entreprises, améliorant la qualité de l’éducation, réduisant les obstacles à la mobilité de la main-d’œuvre et des capitaux entre régions et pays et permettant aux entreprises qui produisent dans un seul pays d’accéder à l’ensemble du marché de l’UE.

Mais dans la mesure où la mise en œuvre des réformes a été timide, l’UE ne devrait-elle pas créer des incitations à soutenir plus fortement ces réformes, peut-être en développant un ensemble encore plus large de politiques en faveur de la croissance, y compris des politiques industrielles ?

La réforme de l’euro consiste en partie à éviter les erreurs du passé. Mais surtout, il s’agit de saisir les opportunités pour l’avenir. La monnaie commune a donné à l’Europe la possibilité d’approfondir son intégration économique, d’accélérer la convergence et d’améliorer le niveau de vie de tous. Mais jusqu’ici, elle a peu utilisé cette possibilité. Face à la montée en puissance des ennemis politiques de l’euro à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE et à l’affaiblissement du cycle économique, il est grand temps qu’elle le fasse.

Lucrezia Reichlin (Professeure d’économie à la London Business School et au Collège de France) et Jeromin Zettelmeyer (Economiste au Peterson Institute for international Economics).

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