Avec les gilets jaunes, sans haine, sans armes, sans violence

Voilà qui semble désormais clair pour beaucoup d’entre nous : il n’y aura pas d’autre issue à la révolte actuelle qu’un changement de système politique. Ce qui est en train de se passer montre bien que tout est intimement lié. Au départ, la hausse d’une taxe. Une taxe de plus sur le dos des plus précaires. Une taxe qui, sous un noble prétexte écologique, venait en réalité compenser du point de vue «budgétaire» une politique de facilitations et de cadeaux fiscaux à destination des plus riches. Ces plus riches sont, pour certains, proches du pouvoir, exerçant sur lui un lobby constant, influençant ses grandes orientations politiques, fuyant l’impôt de solidarité comme la peste, allant même pour certains d’entre eux jusqu’à se réfugier dans des paradis fiscaux. Quelques-uns, propriétaires des plus grands médias du pays ou à la tête d’entreprises polluantes, perpétuent des pratiques dangereuses pour notre santé et pour le climat.

Les gilets jaunes s’étant soulevés contre la hausse de cette taxe ont très vite pu établir ce constat implacable et, aujourd’hui, beaucoup d’entre eux comprennent que le véritable problème réside dans l’essence même de notre système politique. Nous sommes nombreuses et nombreux, sonneurs d’alerte, à combattre depuis des années les dérives de ce système. Et en ce moment capital de notre histoire commune, nous formulons un vœu, un souhait, ainsi qu’une conviction profonde : ce changement de système que l’on voit aujourd’hui comme inéluctable, nous rêvons de le voir s’installer à la suite d’un mouvement de grande ampleur de désobéissance civile non violente.

La colère des plus démunis était inévitable tellement l’injustice est profonde, mais la question que l’on se pose aujourd’hui est : comment dépasser cette colère ? Comment la transformer en un engagement fraternel, où les opprimé·e·s se battraient pour eux-mêmes en même temps que pour d’autres opprimé·e·s, sans distinction de couleur, de nationalité, ou toute autre forme de différence ? Comment faire pour que cette colère ne laisse pas la place à la haine, quand bien même les réponses du pouvoir en place seraient stupides, arrogantes, inconscientes autant que dangereuses ? Comment parler d’un espoir commun ? D’un avenir partagé, juste et solidaire, pour nous-même et pour nos enfants ? Parce que c’est bien pour ça que nous nous battons depuis si longtemps.

Nous sommes révolutionnaires. Nous l’avons toujours été, nous le serons toujours, face à ce système que l’on considère comme injuste, absurde, oppressant, violent, et à bout de souffle. Mais nous ne sommes pas des adeptes de la révolution «à tout prix», quels que soient les moyens, ou quelles que soient les alliances : le chemin que l’on choisit pour mener une bataille est aussi important que la bataille elle-même.

Nous ne voulons pas d’une victoire qu’il faudra ensuite se disputer avec l’extrême droite, ou pire encore, devoir la partager avec elle. Nous ne voulons pas d’une victoire obtenue dans la confusion, la haine, le chaos, la violence et le sang.

Nous rêvons de la victoire de nos idées, de nos valeurs de justice sociale, de solidarité et de fraternité humaine, de démocratie réelle, de respect de la Terre et du vivant. Nous rêvons d’une lutte enchantée, menée avec force et obstination. En faisant tout ce qui est en notre pouvoir pour ne jamais avoir à céder à la violence, car cela voudrait dire que nous aurons perdu une part essentielle de ce que nous sommes et de ce pour quoi nous nous battons.

Passons nos vies à rallumer les étoiles, une à une…

Kaddour «HK» Hadadi, Chanteur du groupe HK et les Saltimbanks.

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