Catalogne: quelles réponses aux indépendantistes européens?

Des pro-indépendance dans les rues de Barcelone, le 3 octobre dernier. © JON NAZCA / Reutes

La Catalogne aux Catalans, l’Ecosse aux Ecossais, la Corse aux Corses, la Flandre aux Flamingants, le pays Basque aux Basques… Cela fait donc au moins quatre pays fondateurs de l’Union qui comptent en leur sein une revendication autonomiste affirmée et organisée. Voilà qui explique le silence pesant de l’UE lors des troubles récents en Catalogne, ainsi que son soutien au gouvernement central espagnol. La France a également affirmé son soutien à Madrid. Ne surtout pas ouvrir la boîte de Pandore semble être le mot d’ordre, faire le dos rond, attendre que cela passe… Mais cela ne passera pas!

Il est assez étrange de constater que, plus le monde s’ouvre au gré de la mondialisation des échanges et des cultures, plus les combats identitaires s’intensifient. Pourtant, comme souvent, la contradiction n’est qu’apparente et ce pour plusieurs raisons. La première est que la tendance à l’uniformisation éveille des réactions de défense de peuples minoritaires dont les récriminations historiques ont été plus ou moins bien entendues. La seconde est que la mondialisation s’accompagne d’une perte de pouvoir des Etats nationaux, transféré à des niveaux continentaux ou mondiaux dont la légitimité et la capacité d’action sont moindres. Les défier semble donc plus facile et susceptible de succès.

Minorité et droits de l’homme

Par ailleurs, l’individualisme qui prévaut au niveau des personnes déteint sur les peuples qui refusent la contrainte et le destin commun imposés par une appartenance souvent récente ou chaotique, avec la nation centrale. Les égoïsmes l’emportent de la part des régions plus riches contraintes de cracher au bassinet commun dès lors que l’ensemble des institutions ne concourent pas à une solidarité profonde. L’air du temps est donc à l’exigence de liberté, quand bien même des efforts conséquents dans ce sens ont déjà été consentis, sans faire taire les revendications, au contraire.

Mais ce sont surtout les théories qui ont présidé à l’avènement des droits de l’homme qui provoquent cette exacerbation des désirs d’indépendance. Ainsi, la Convention pour la protection des minorités nationales du Conseil de l’Europe stipule que les droits et libertés des personnes appartenant à ces minorités font partie intégrante des droits de l’homme, et que les signataires s’engagent à conserver et développer leur culture, ainsi que les éléments essentiels de leur identité. Cette perche une fois tendue, toute minorité se sent encouragée à faire sécession, quand bien même l’Etat central ne les opprime pas mais ne leur accorde pas non plus toutes les prérogatives qu’elles souhaitent.

Modèle suisse

Sachant que le problème ira en s’amplifiant, que faire? Laisser s’émietter le continent en micro-Etats ne peut se concevoir qu’au sein d’une Europe fédérale disposant d’institutions claires et démocratiques. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Empêcher les choses de se faire comme Madrid l’a entrepris ne résoudra rien dans la durée. Une fois de plus, la Suisse peut servir de modèle. Chaque Etat cantonal trouve sa place dans le concert fédéral, prélève ses impôts, gère tous les domaines qui n’ont pas été confiés à la Confédération. La Question jurassienne s’est réglée, en l’espace de trente ans, ce qui n’est rien à l’échelle historique, parce que les institutions l’ont permis, même si le raidissement de l’Etat bernois a souvent été contre-productif.

Même si l’Espagne est un Etat régional qui laisse de nombreuses prérogatives à ses territoires, même si la Belgique est un Etat fédéral, même si la Grande-Bretagne compte quatre nations constitutives, ce ne sont pas des Etats fédéraux comme la Suisse. Les délégations vont du haut en bas, concédées par l’Etat central au lieu du contraire, ce qui change profondément la mentalité politique et la capacité de dialogue. Une fois encore, il est permis de penser que nos institutions ont beaucoup à apporter à l’Europe…

Marie-Hélène Miauton

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