Catastrophe naturelle, lutte antiterroriste, j’agis pour le renouveau du Pakistan

Nation aux prises avec des drames politiques depuis des générations, le Pakistan est confronté à une nouvelle épreuve de son caractère national : une catastrophe naturelle d’une ampleur inédite dans notre histoire. Des millions de personnes ont été déplacées et des milliers sont mortes dans les inondations générées par des pluies incessantes. Les moussons détruisent des villages et exposent des milliers de villageois à la maladie, dont le choléra et la dysenterie. Au-delà de l’organisation immédiate d’opérations de sauvetage et d’assistance, notre peuple et notre gouvernement sont également confrontés aux défis de réhabilitation et de reconstruction.

Alors que les inondations ravageaient le pays, j’étais face à un dilemme en tant que chef d’Etat. Je pouvais rester au Pakistan et soutenir le premier ministre dans notre réponse aux inondations, ou je pouvais maintenir ma visite à l’étranger, telle qu’elle était prévue. J’ai choisi d’utiliser mes déplacements afin de mobiliser l’aide étrangère – fonds, fournitures, alimentation, tentes, soins médicaux, ingénieurs, eau potable et médicaments – pour notre peuple. Certains ont critiqué ma décision, en disant que je faisais preuve d’une attitude distante, mais je sentais que je devais choisir une réponse en substance et non symbolique.

Grâce à mes rencontres avec le président français, Nicolas Sarkozy, et le premier ministre britannique, David Cameron, la situation critique des victimes des inondations au Pakistan reçoit la complète attention de la communauté internationale. Le gouvernement britannique a promis 24 millions de dollars (18 millions d’euros) d’aide. Le gouvernement des Etats-Unis, avec lequel je suis resté en contact par téléphone, a promis 35 millions de dollars en fonds humanitaires et a mis des hélicoptères à disposition pour les opérations de sauvetage. La coalition de l’OTAN, en guerre chez le voisin afghan, a également proposé son aide, comme l’ont fait de grandes nations européennes et le Japon.

Ma visite en Grande-Bretagne, un important allié dans le combat contre le terrorisme, a également permis de désamorcer de potentielles tensions politiques liées aux déclarations de M. Cameron en Inde, qui a ostensiblement critiqué les politiques passées du Pakistan à l’égard des militants djihadistes. Elle m’a permis de réaffirmer au nouveau gouvernement britannique l’engagement du Pakistan dans la lutte contre tous les groupes terroristes.

Après avoir souffert durant une décennie des abus politiques, économiques et sociaux d’une dictature militaire, le Pakistan a passé les deux dernières années à rétablir son infrastructure démocratique et à reconstruire son image et sa cohésion nationales.

Notre projet de renouveau national est encore plus difficile parce que nous nous trouvons aux premières lignes de la lutte contre le terrorisme international. Nous vivons en particulier avec les effets des erreurs historiques des années 1980 qui sont revenues hanter le monde. L’utilisation du djihad en Afghanistan comme une arme contondante contre l’Union soviétique a certainement eu des avantages à court terme. Mais la décision de renforcer les éléments les plus radicaux des moudjahidins – avant d’abandonner l’Afghanistan économiquement, politiquement et militairement après 1989 – a préparé le terrain pour le terrible affrontement des civilisations qui empoisonne le monde depuis.

Quelle que soit l’horreur endurée par l’Occident aux mains d’extrémistes agissant au nom de l’islam, elle semble bien pâle à côté du cauchemar vécu par le peuple et le gouvernement du Pakistan. Les terroristes ont tué plus de soldats pakistanais que de troupes de l’OTAN combattant en Afghanistan. Le Pakistan a perdu 2 000 agents de police dans la guerre contre le terrorisme, plus que l’ensemble des autres pays. Et nous avons perdu presque 6 000 civils, deux fois le nombre de personnes qui périrent dans les tours jumelles du World Trade Center, à New York.

Nous avons également perdu la plus grande figure politique de l’histoire récente du Pakistan, mon épouse, Benazir Bhutto. La disparition de ma femme fut encore plus choquante que si les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne avaient perdu un chef d’Etat, parce qu’elle incarnait notre conscience démocratique face à la dictature. Pour des dizaines de milliers de Pakistanais et pour des centaines de millions de citoyens du monde entier, elle symbolisait l’espoir d’un meilleur avenir pour nos enfants.

Je reviens au Pakistan avec des résultats tangibles qui, dans l’immédiat, secourront les victimes et, à la longue, poseront les fondations d’une reconstruction nationale. J’aurais peut-être pu profiter, sur le plan personnel, du fait d’être présent dans le pays pendant la catastrophe naturelle, mais un peuple affamé ne peut pas se nourrir de symboles. La situation exigeait de l’action, et j’ai agi pour mobiliser le monde.

Ce travail doit maintenant se poursuivre. J’appelle les résidents des Etats-Unis à faire preuve de générosité, comme ils l’ont déjà fait maintes fois au cours des deux siècles passés. Le Pakistan vous remercie pour tous vos dons personnels et pour ceux de votre gouvernement.

Asif Ali Zardari, président de la République islamique du Pakistan.