Centrafrique, combien de missions

Demain, une opération de paix de l’Union africaine, la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca), prend le relais d’une mission régionale (Micopax). La Misca est la 10e opération de paix déployée en République centrafricaine (RCA) depuis 1997. Toutes les autres ont échoué à rétablir la paix. Les opérations de paix sont conçues comme des actions visant à contenir la violence et à créer un environnement politique et sécuritaire devant permettre le rétablissement de la paix et, parfois, la reconstruction. Ces interventions n’en soulèvent pas moins de nombreux défis pour les acteurs régionaux et internationaux, particulièrement en Afrique où les Etats et les organisations régionales ne possèdent pas les capacités – logistiques, financières, humaines et institutionnelles – requises pour mener des opérations de paix de moyenne ou de longue durée et de grande envergure de façon autonome. Des séjours souvent trop courts, des mandats limités, des déficits capacitaires, des calculs géopolitiques à courte vue, et l’absence de volonté politique des leaders centrafricains expliquent les échecs répétés des opérations de paix dans ce pays. Cette multiplication des opérations de paix ne repose sur aucune cohérence politique et stratégique. En revanche, elle provoque une discontinuité dans l’effort de paix et de reconstruction.

Les mandats, définis par des organisations différentes (ONU, Union africaine et Union européenne…), couvrent un nombre limité de questions – protection des dignitaires, tentatives de désarmement des milices et de reformatage des forces armées, accompagnement de processus électoraux, protection des réfugiés -, et touchent à peine aux problèmes structurels du pays : pauvreté, développement économique, renforcement des institutions, présence de l’Etat sur l’ensemble du pays. Et pour mettre en œuvre ces mandats, elles disposent d’effectifs dérisoires de 200 à 1 500 militaires et policiers civils qui doivent couvrir un territoire grand comme la France. Dans la réalité, les contingents ou les personnels s’aventurent rarement hors de la capitale, Bangui. Ils sont très mal équipés et leurs conditions de vie sont toujours précaires. A tel point d’ailleurs que le contingent ivoirien de la Minurca, de retour au pays, a été au cœur du coup d’Etat de décembre 1999.

Cette incapacité de la communauté internationale, à s’attaquer aux problèmes du pays et à coordonner son action, s’explique par le choc des intérêts propres des acteurs régionaux et internationaux engagés dans le conflit centrafricain. L’objectif des missions est trop souvent à courte vue – calmer le jeu politique interne par exemple – d’où des actions limitées dans le temps et dans l’espace sans prise avec les réalités concrètes du pays. Enfin, les opérations de paix en République centrafricaine (RCA) font les frais de leaders politiques cyniques et irresponsables, plus soucieux de leur bien-être personnel que d’un réel engagement en faveur de la paix et de la réconciliation. Dès lors, la Misca est-elle condamnée à l’échec ? Les choses commencent plutôt mal. La mission africaine manque de tout et doit absorber les quelque 3 000 militaires et policiers civils des contingents de la Micopax, mal équipés et mal entraînés, qui sont incapables d’empêcher les tueries à Bangui et ailleurs depuis le coup d’Etat de mars. L’Union africaine espère doubler ce nombre bientôt. Mais où les trouver ? En attendant, la Misca devra compter sur le soutien logistique et financier de la France et de l’Union européenne pour simplement exister.

Si elle veut avoir la moindre chance de réussir en RCA et ne pas être condamnée à répéter les erreurs du passé, la communauté internationale doit cesser de disperser ses efforts et agir de manière cohérente. Elle doit mobiliser d’importantes ressources humaines, matérielles et financières. Elle doit doter les forces de maintien de la paix d’un solide mandat de réconciliation nationale et de reconstruction. Elle doit avoir la patience de rester dans le pays aussi longtemps qu’il le faut, c’est-à-dire entre dix et vingt ans. La Misca n’est pas le bon outil pour affronter une pareille tâche. Elle doit, plus tôt que tard, être remplacée par une opération de Casques bleus de l’ONU, seule en mesure de l’entreprendre.

Jocelyn Coulon, Directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix (ROP) de l’université de Montréal.

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