Climat: quel plan pour 2015?

La majorité des chefs d’Etat et de gouvernement se réunit à New York pour un sommet extraordinaire sur le climat. Objectif : mobiliser les volontés politiques, à seize mois de la conférence de Paris, où un nouvel accord international doit être signé. L’enjeu de Paris sera de définir un cadre de coopération internationale pour une action juste et efficace pour le climat et le développement. Au sommet de la Terre à Rio, en 1992, les Nations unies se fixaient déjà comme objectif de «stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique», afin de protéger les écosystèmes, la production alimentaire et le développement économique. Où en sommes-nous vingt ans après ? La science a progressé : le dérèglement climatique et son origine anthropique ne font plus débat. Les technologies «bas carbone» ont progressé elles aussi. De nombreux pays ont mis en place des actions pour le climat. Pourtant, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 37% depuis 1992. Le sommet d’aujourd’hui est un moment important, qui doit permettre de jauger le niveau de volonté des leaders politiques et du monde économique pour aboutir à un succès à Paris en 2015.

Des engagements ont déjà été pris, notamment celui de soumettre au plus vite des contributions nationales en vue de Paris ; des appels vont être lancés pour mettre en place un prix du carbone au niveau mondial ; des actions concrètes vont être annoncées dans des domaines variés (lancement de nouvelles obligations vertes, engagements volontaires d’entreprises, etc.).

Tout ceci est positif et nécessaire. Mais au-delà d’une liste d’appels et d’actions, le véritable succès demande une vision intégrée et articulée de l’action climatique. L’action climatique est indissociable du développement économique et social. Assurer la sécurité alimentaire et la santé ne peut se faire sans lutter contre un risque accru d’événements climatiques extrêmes, sans réduire les incertitudes sur la disponibilité de l’eau, sans assurer la propreté de l’air dans les villes. Permettre l’accès à l’énergie à tous nécessite de pouvoir utiliser partout les technologies sans carbone les plus efficaces. Développer l’emploi, de miser sur les secteurs d’avenir. Prémunir les citoyens de la hausse du prix des carburants fossiles, de développer des offres de transport alternatives. A New York, il serait nécessaire de relier développement et climat, de ne pas faire du climat un sujet dissocié, première des dernières priorités.

Le défi est immense. Maintenir la hausse moyenne de température d’ici à la fin du siècle en dessous de +2°C (ce à quoi tous les pays se sont engagés) et nous y adapter ne se fera pas avec des actions marginales mais à travers des changements profonds, qu’il faut imaginer, anticiper, discuter. Comment produire l’énergie ? Comment l’utiliser de manière efficace ? Comment organiser les villes ? Comment aménager le territoire ? Comment cultiver ? etc. A New York, il faut entendre des visions stratégiques et cohérentes vers un futur décarboné et résilient, ainsi qu’une description des outils clés pour y arriver de manière juste et efficace. Le sommet de New York n’est qu’un pas, mais un pas très symbolique. Un peu plus d’un an avant la conférence de Paris, il doit marquer le retour de l’engagement politique, de la confiance et de l’envie de refonder une dynamique collective.

Teresa Ribera, Directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), ancienne secrétaire d’Etat aux changements climatiques en Espagne.

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