Corée du Nord : l’attaque injustifiable

Indignation et incompréhension sont les sentiments qui dominent après le bombardement de l’île sud-coréenne de Yongpyong par l’artillerie nord-coréenne.

Attaque inexplicable et injustifiable, mais malheureusement pas surprenante. Cette exaction fait suite au torpillage d’une corvette sud-coréenne au printemps dernier, au cours de laquelle 46 marins coréens avaient trouvé la mort.

Le régime nord-coréen est parfois dépeint comme étant dans les mains de dirigeants déséquilibrés alors que c’est tout le contraire. Depuis la fin de la guerre de Corée, la Corée du Nord a développé une logique constante reposant sur l’intimidation et le recours à la force armée. Dans un premier temps, la Corée du Nord n’avait ouvertement poursuivi qu’un seul but: déstabiliser le régime sud-coréen. Plusieurs tentatives d’invasion militaire avaient été mises en échec. Après la chute du mur du Berlin, la Corée du Nord, brusquement confrontée à un très large isolement, à l’exception d’une alliance ambiguë avec la Chine, a compris que la constitution d’un arsenal nucléaire était la meilleure stratégie possible pour parvenir à ses fins, c’est à dire obtenir des aides financières ou humanitaires. A plusieurs reprises, notamment en 1994 et 2007, la Corée du Nord s’était engagée à geler, voire à démanteler son programme nucléaire. Après avoir donné l’impression qu’elle allait respecter ces accords, la Corée du Nord n’a fait que multiplier les mensonges et a procédé à des essais nucléaires visant à démontrer sa capacité de nuisance.

Aujourd’hui, la communauté internationale se rend compte que toutes les tentatives pour solutionner le problème nord-coréen, qu’elles aient reposé sur le dialogue ou la fermeté, se sont avérées infructueuses. La politique de la sunshine policy qui avait été menée par les présidents sud-coréens Kim Dae-Jung et Roh Moo Hyun, et avait donné lieu à deux sommets inter-coréens en 2000 et en 2007, n’a pas donné les résultats escomptés. En ayant mené ces attaques récentes, on peut penser que le leader nord-coréen Kim Jong-Il a cherché à focaliser les populations nord-coréennes contre l’ennemi sud-coréen et sécuriser la transmission de pouvoir récemment intervenue au profit de son fils Kim Jong-Eun, tout juste âgé de 27 ans. Cette passation n’a d’ailleurs pratiquement suscité aucune réaction de protestation extérieure alors qu’il s’agissait tout simplement de mettre le pouvoir nord-coréen entre les mains de la troisième génération de la dynastie initiée par Kim Il-Sung.

Jusqu’où ira la Corée du Nord ? Peut-on véritablement craindre un conflit armé sur la péninsule ? Dans la situation actuelle, une nouvelle attaque nord-coréenne pourrait conduire à une riposte radicale de la Corée du Sud et des Etats-Unis. Cela pourrait signifier le déclenchement d’un affrontement cataclysmique qui aurait pour première conséquence l’impossibilité pour la Corée du Nord de poursuivre sa tactique de marchandage. Aucune force en présence ne souhaiterait d’ailleurs l’éclatement d’une guerre dans une zone qui rassemble la Chine, le Japon et la Corée du Sud respectivement 2e, 3e et 13e puissances économiques mondiales.

Durant ces dernières années, les grandes puissances semblent avant tout, avoir cherché à minimiser le pouvoir de nuisance d’une Corée du Nord incontrôlable et enfermée dans une forme d’autisme diplomatique. Les déclarations du président sud-coréen Lee Myung-Bak indiquant que son pays avait entièrement épuisé ses capacités de tolérance et qu’il ne croyait plus en un retournement de la Corée du Nord, démontrent qu’il est désormais urgent de débloquer une situation devenue inextricable.

QUELLES OPTIONS POUR L’AVENIR ?

Une stratégie d’asphyxie du régime de Pyongyang par la multiplication de sanctions économiques soulève deux problématiques. En premier lieu, le régime pourrait très bien perdurer, alors que l’on annonce son effondrement depuis maintenant plusieurs années. En deuxième lieu, cette option aboutirait immanquablement à accroître les souffrances et la famine du peuple nord-coréen. Une autre option viserait à reprendre le dialogue avec la Corée du Nord. Les pourparlers à six (Etats-Unis, Japon, Russie, Corée du Nord, Corée du Sud, Chine) en vue de la dénucléarisation de la Corée du Nord sont maintenant gelés. Il conviendra tôt ou tard de les reprendre. Parallèlement à ces pourparlers, les Etats directement concernés et les organisations internationales compétentes vont devoir développer une position mûrement concertée faisant fi, le cas échéant d’intérêts particuliers.

Derrière la problématique intercoréenne, les Etats-Unis et la Chine poursuivent également dans cette zone du monde, une lutte d’influence stratégique. Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, l’Amérique a développé des alliances diplomatiques et militaires avec le Japon et la Corée du Sud, qui lui permettent de jouir d’une situation privilégiée en Asie du Nord. 28 500 soldats américains sont d’ailleurs toujours postés en Corée du Sud. Dans l’hypothèse d’un effondrement brutal du régime nord-coréen, la Chine pourrait très bien voir des forces américaines venir se poster à sa frontière. La Chine, qui a été elle-même pendant très longtemps en dehors du système international, entend aujourd’hui accroître sa sphère d’influence et ne pas se laisser dicter ses agissements par qui que ce soit. Cela implique également des responsabilités accrues et notamment d’exercer de véritables moyens de pression sur la Corée du Nord, dont elle constitue aujourd’hui le seul véritable interlocuteur.

Au-delà de la menace nucléaire qu’exerce la Corée du Nord, la question de la protection des droits de l’homme demeure plus que jamais un point noir du régime. Malgré l’opacité qui règne en Corée du Nord, les organisation humanitaires dénoncent la multiplication des répressions et estiment à plus de 150 000 les personnes internées dans des camps subissant des traitements dégradants. Ce constat doit également conduire à poursuivre la voie d’une normalisation de la Corée du Nord, ou à tout le moins, la recherche d’un dialogue constructif avec cette dernière.

Por Philippe Li , avocat et président de la chambre de commerce franco-coréenne.