Dans le secteur des voitures électriques, le différentiel d’ambition politique entre l’Europe et la Chine est énorme

Traditionnellement leaders mondiaux dans leur secteur, les constructeurs automobiles européens ont pour l’instant manqué le virage de la voiture électrique. La Chine et l’entreprise américaine Tesla se sont rapidement imposées comme les leaders de la production de voitures électriques, tandis que l’Europe reste à la traîne.

Près d’une voiture électrique sur deux produite dans le monde l’est actuellement en Chine. La situation est encore plus sombre pour la production de batteries, élément essentiel de la chaîne de valeur d’une voiture électrique (elle en représente environ 40 %) : la moitié de la production mondiale est réalisée en Chine, l’autre moitié est répartie entre le Japon et la Corée du Sud. Enfin, sur dix voitures électriques, cinq sont vendues en Chine contre seulement 1,6 aux Etats-Unis et 1,5 en Europe.

En Chine, des mesures coercitives

La Chine a su anticiper la révolution de la voiture électrique et mettre en place une politique industrielle forte pour assurer son leadership mondial dans ce domaine. Ces dernières années, le pays a accordé des subventions fiscales généreuses aux constructeurs de voitures électriques, et imposé aux constructeurs étrangers l’obligation de fabriquer des voitures électriques en Chine pour pouvoir accéder au marché automobile national dans son ensemble. La Chine a également octroyé de fortes incitations financières aux acheteurs de voitures électriques et a beaucoup investi dans le déploiement d’une vaste infrastructure de chargement.

Pour l’Europe, la question est de savoir si et comment il serait possible de rattraper la Chine afin de préserver son leadership mondial de l’industrie automobile. Un examen attentif des statistiques d’innovation montre que le pronostic est encore plutôt positif.

Traditionnellement axés sur les voitures à moteur à combustion interne, les constructeurs automobiles européens ont progressivement commencé, depuis 2010, à concentrer également leurs recherches et leurs innovations sur les voitures électriques, hybrides et à hydrogène. A titre d’exemple, les brevets européens sur les voitures électriques sont passés de 124 en 2008 à plus de 250 par an entre 2011 et 2016.

L’Europe doit passer à la vitesse supérieure

Les entreprises européennes possèdent l’expertise technologique nécessaire pour innover dans les voitures électriques, une longue expérience et des marques fortes. Avec ces atouts, il n’est peut-être pas trop tard pour que les entreprises européennes puissent occuper des positions-clés dans la chaîne de valeur de la voiture électrique – mais elles doivent passer à la vitesse supérieure. Les entreprises européennes ne faisant pas partie des pionniers dans ce domaine, elles devront investir de manière plus ambitieuse dans les nouvelles technologies de la voiture électrique, tout en réduisant plus rapidement leur exposition à la technologie de combustion interne, aujourd’hui dominante.

Un environnement économique et légal approprié doit être mis en place pour permettre aux constructeurs européens des investissements plus ambitieux. Tant l’Union européenne (UE) que les 27 pays eux-mêmes discutent et mettent en œuvre de plus en plus de politiques visant à soutenir le déploiement de voitures électriques. Il faut cependant souligner que les deux pays toujours cités en exemple pour l’efficacité et l’ambition de leurs politiques de développement dans ce domaine, la Norvège et la Chine, ne se sont pas contentés de « mesurettes ». La mise en place d’un cadre stratégique d’envergure est nécessaire, qui devra combiner une multitude d’instruments d’offre et de demande avec d’ambitieuses politiques de transports propres.

Subventions, normes, infrastructures… tout transformer

Il faut avant tout que la demande européenne de voitures électriques soit forte. Les subventions, la fiscalité et les marchés publics favorisant les technologies propres au détriment des technologies polluantes devraient être mobilisés pour stimuler la demande. Sans marché intérieur pour les voitures électriques, le risque existe que les constructeurs européens choisissent in fine de développer leur production dans d’autres régions du monde, notamment en Chine.

Du côté de l’offre, le soutien à la recherche publique et à l’innovation fait partie des politiques à mettre prioritairement en place afin de développer la prochaine génération de technologies propres et de batteries. Etablir des normes de performance ou des normes environnementales plus strictes est également une possibilité. Dernier point, mais non des moindres, le déploiement d’infrastructures est primordial : planification urbaine, transports en commun, stations de recharge et amélioration de l’accessibilité.

Dans le secteur des voitures électriques, le différentiel d’ambition politique entre l’Europe et la Chine est énorme. La politique chinoise est faite d’engagements fermes en faveur d’un avenir électrique et de mesures coercitives à l’égard des constructeurs automobiles. Il n’est évidemment pas souhaitable que l’Europe suive la Chine dans l’adoption d’une politique industrielle à planification centralisée, mais elle devrait faire davantage pour stimuler la transformation de son industrie automobile par une combinaison plus ambitieuse de mesures stimulant l’offre et la demande.

Simone Tagliapietra est économiste à Bruegel, centre d’analyses et de débats sur les politiques économiques européennes, basé à Bruxelles. Reinhilde Veugelers est économiste, professeure de gestion, stratégie et innovation à l’Université catholique de Louvain.

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