De la côte d’Opale à Lampedusa…

En quelques jours, plusieurs centaines de migrants sont morts en Méditerranée. En vingt ans, plus de 25 000 personnes ont perdu la vie dans les mêmes conditions. Leur origine varie, au rythme des conflits mondiaux et de l’extension des effets du dérèglement climatique. Ils sont syriens, nigériens, centrafricains, maliens… Souvent jeunes, parfois des enfants, toujours animés par l’espoir d’une vie meilleure.

A l’autre bout de l’Europe, à Calais, nombre de ceux qui ont réussi à rejoindre l’Europe, cherchent à atteindre l’Angleterre. Mais le durcissement des mesures de sécurité les en empêche. Plusieurs milliers de personnes sont donc réduites à l’errance sur le littoral du Nord-Pas-de-Calais, pendant des mois, prises en charge essentiellement par des associations caritatives bénévoles, elles vivent dans des «jungles», sur des friches ou dans des sous-bois. Lampedusa, Calais cristallisent les effets pervers de la politique migratoire hostile de l’Union européenne, depuis trente ans. Et pourtant, malgré les appels à l’aide, des ressorts profonds empêchent une prise en charge juste et efficace des migrants et des réfugiés. L’hostilité des politiques menées par l’UE provient de l’idée que l’Europe ne peut accueillir toute la misère du monde. Pourtant, cette lancinante expression ne résiste pas à l’épreuve des faits. Sur l’asile, les chiffres du Haut Commissariat aux réfugiés montrent qu’il y a 51 millions de personnes déplacées dans le monde, et que plus de 80% sont exilées dans un pays en développement.

Concernant l’immigration économique, les piliers de l’Europe, l’Allemagne et la France, sont parmi les pays les plus fermés de l’OCDE en matière d’immigration. Pourtant, les migrants rapportent plus qu’ils ne coûtent à nos finances publiques, et les projections démographiques démontrent que les besoins économiques nécessiteront l’appel à une main-d’œuvre immigrée. Après le dernier drame, certains pays, comme l’Italie, appellent à un sommet européen. Mais ce sommet doit permettre un réel changement. Il faut assumer l’ouverture d’une immigration légale et d’une politique d’accueil digne en Europe. Experts, élus et associations ont de nombreuses propositions, qu’il faut entendre. L’UE doit de toute urgence renforcer les moyens de secours en Méditerranée.

A Calais, la Grande-Bretagne, qui a mobilisé 15 millions d’euros pour sécuriser le port, ériger un mur, et empêcher les migrants de passer, doit mettre en place des mesures pour permettre l’accès à son territoire et aux démarches de demande d’asile. La France, qui a ouvert un centre d’accueil de jour, financé par l’UE, doit utiliser ces moyens pour mettre en place un hébergement digne. Pour faire cesser cette situation, l’action locale ne suffit pas. Il faut aller bien plus loin : travailler avec les États dont sont originaires les migrants, pour permettre l’attribution de visas et renforcer l’aide au développement, faciliter l’accès à la protection internationale via les ambassades des Etats voisins des pays en guerre, supprimer les mesures de contrôles hors des frontières européennes qui conduisent les migrants à prendre plus de risque, créer un statut du réfugié européen…

Certains diront que cette prise en charge sera coûteuse, il faudra leur rappeler que les dépenses européennes pour l’asile ne dépassent pas celles des Anglais pour l’entretien de leurs animaux domestiques. Certains diront qu’ouvrir l’immigration légale fait augmenter le score de l’extrême droite, il faut leur rappeler que, depuis trente ans, les errements de la politique migratoire ne l’ont jamais fait reculer, c’est même cette crise permanente qui permet d’instrumentaliser la situation, et de voir leurs suffrages augmenter. Une politique européenne d’hospitalité et d’immigration légale est donc nécessaire. Elle donnerait à voir le sens et les valeurs de la construction européenne.

Majdouline Sbaï (Vice- présidente EE-LV du conseil régional Nord-Pas-de-Calais, membre du Réseau des élus hospitaliers) et Dominique Hays (responsable EE-LV de Calais et Les militants EE-LV DE CALAIS).

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