Déclarer la guerre contre Daech? Danger

Les forces aériennes ne suffiront pas à abattre l’organisation terroriste. © Anadolu Agency
Les forces aériennes ne suffiront pas à abattre l’organisation terroriste. © Anadolu Agency

Nombreux ont été ceux qui ont proclamé qu’il fallait déclarer la guerre à Daech à la suite des atrocités commises par «l’armée djihadiste». François Hollande a déclaré que la «France est en guerre» devant le parlement. Et pourtant, le fait de qualifier ces assassinats d’actes de guerre et de vouloir déclarer la guerre à Daech constitue une erreur d’analyse des faits qui pourrait avoir des conséquences néfastes dans la lutte contre le terrorisme et la prévention de futures attaques.

Bien que le terme «guerre» soit souvent utilisé librement de manière assez vague, il est défini de manière très précise dans le droit international. Les lois de la guerre, ou les normes humanitaires internationales, ont été ratifiées par nombre d’États. Dans la plupart des cas, même des acteurs non étatiques comme Daech ont des obligations envers le droit international. En qualifiant les attaques de Paris d’actes de guerre, le président français a fait une certaine publicité pour, voire octroyé un statut aux responsables de ces actes atroces. Statut que ceux-ci espèrent obtenir en tant que califat ou du moins en tant qu’autorité légitime.

Aux États-Unis, une déclaration de guerre nécessite l’approbation du Congrès. Entre 1812 et 1942, les États-Unis ont formellement déclaré des guerres à 11 reprises. Cependant, de nombreuses opérations militaires ont été autorisées par le Congrès sans être une déclaration de guerre au sens strict.

[…] Lyndon Johnson a déclaré la guerre à la pauvreté en 1964. Richard Nixon a déclaré la guerre à la drogue en 1971. George W. Bush a déclaré la guerre au terrorisme le 20 septembre 2011. Dans les deux premiers exemples, l’utilisation du terme «guerre» donnait l’impression d’une agression, mais les résultats montrent que la nature du conflit n’avait aucun ennemi spécifique et que les règles d’engagement rendaient le terme «guerre» futile. Le dernier non plus n’avait pas d’ennemi précis.

Daech n’est pas un ennemi traditionnel

Et voici le point le plus important au sujet de Daech: en utilisant le terme de guerre, nous donnons l’impression que nous menons une lutte similaire à celles menées dans le passé. Les États-Unis ont déclaré la guerre au Japon et à l’Allemagne. Dans ces cas-ci, il y avait un ennemi clairement défini – les États-Unis luttaient contre un autre pays et les règles d’engagement respectaient les lignes militaires traditionnelles.

Mais justement, Daech n’est pas un ennemi au sens traditionnel du terme. Bien qu’il ait un territoire, un drapeau et une armée, il s’agit d’un réseau de différents groupes sans aucune chaîne de commandement claire, ni aucune reconnaissance officielle. Daech n’est pas non plus une organisation militaire ou un État légitime. Pour le combattre, même si l’utilisation de la force peut être nécessaire, il faut établir une tout autre stratégie que de lancer des chars et des avions.

Depuis la guerre du Vietnam, les pouvoirs occidentaux ont tenté d’utiliser une force écrasante pour combattre les acteurs non étatiques. L’échec des États-Unis au Vietnam ainsi que celui de l’Union soviétique en Afghanistan sont des exemples frappants de l’incapacité de la stratégie traditionnelle utilisée pour tenter de vaincre des ennemis non traditionnels. Les approches traditionnelles de l’utilisation de la force contre des ennemis non traditionnels, comme la «lutte contre le terrorisme», ont échoué et continueront à échouer.

Si l’on me demande de trouver une solution alternative, je dirai qu’il faut commencer par ne plus utiliser le terme de «guerre» et cesser de réfléchir en des termes de combat traditionnel. «Les généraux préparent toujours la dernière guerre», dit l’adage. Et si, dans le cas de Daech, le terme de «guerre» les aveuglait et les empêchait ainsi de voir l’état de la situation, ainsi que les victoires auxquelles on aspire? En effet, il se peut que les généraux à eux seuls ne disposent pas des armes nécessaires dans ce combat.

Daniel Warner, politologue. Traduit de l’anglais par Lydia Amberg.

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