Droits de l’Homme: on les attaque, on en abuse, mais personne ne les défend

Minute de silence à Paris, 16 novembre 2015.
Minute de silence à Paris, 16 novembre 2015.

Les attaques indiscriminées à Paris vendredi 13 novembre ne visent pas seulement la France ou son gouvernement. Et l’assaillant n’est pas un Etat étranger.

Les terroristes ne sont ni étrangers ni indigènes: ils sont entre deux mondes qui ne sont pas séparés sur le plan de la géographie – mais entre celui de la barbarie et celui de la civilisation. Leur action est un message d’anarchie plus que de prosélytisme. Il vise à détruire le fondement et le ciment de la société occidentale: c’est-à-dire le concept des droits de l’Homme.

Les droits humains sont bâtis sur deux principes fondamentaux. D’une part, ils sont universels et rassemblent ce qui nous unit, ce qui nous définit en tant que partie de la société humaine dans son ensemble, nous permet de communiquer, de nous comprendre et de nous aider les uns les autres. D’autre part, à côté des valeurs, les droits de l’Homme reposent sur la sécurité et l’autonomie, ainsi que la responsabilité et le libre arbitre de l’individu.

Droits humains attaqués de toutes parts

Or ces droits humains sont aujourd’hui attaqués de toutes parts: par la globalisation et l’automatisation, la rentabilité et la pression économique qui «déshumanisent» les salariés; par les subventions et les mesures sociales voire de santé, déconnectées de toute écoute et souvent inadaptées aux cas particuliers; par les théoriciens du droit qui, souvent, divisent et compliquent le concept des droits humains, au point de le rendre incompréhensible et de le dénaturer; enfin par les bien-pensants, qui mêlent le fondamental et le périphérique dans la même flaque de politiquement correct.

On a tant théorisé les droits de l’Homme que certains distinguent maintenant des «générations» de droits: civils et politiques issus de la Déclaration universelle de 1948. Puis les droits socio-économiques dans les années 1960, sous la pression des Etats socialistes et communistes. Depuis les années 1990, certains Etats en voie de développement, rejoints par divers lobbies occidentaux, ont fait valoir des droits communautaires. Il va de soi que nombre de ces derniers vont à l’encontre des principes et des libertés individuels. Ne soyons pas dupes. Ne perdons pas le sens des choses et revenons aux fondamentaux.

Ce qui est attaqué et qui est essentiel, en France et en Occident aujourd’hui, c’est de renouer avec ces principes fondamentaux: la dignité humaine et la sécurité. Ces deux principes sont attaqués par le terrorisme parce qu’ils fonctionnent de moins en moins, en France comme ailleurs.

Échecs des politiques de migrations

Les politiques de migration ont montré leur échec. La construction européenne est mal comprise et sert de prétexte aux plans nationaux. Le jeu politique et électoraliste gauche-droite a fini de lasser. Les impôts comme les subventions et les dépenses sociales augmentent, sans que l’efficacité des politiques mises en place soit avérée. Et ces politiques «sociales» ou «de la ville» sans parler des «minorités» ne répondent plus aux attentes individuelles. On ignore, on méprise l’opinion et on ne répond pas aux questions existentielles. Ces questions aujourd’hui sont devenues identitaires et communautaires. Elles sont aussi matérielles: c’est le travail honnête, le salaire au mérite, la loyauté, la famille – toutes choses qui sont sans arrêt déboulonnées.

Peut-être qu’une certaine jeunesse a dépassé les bornes. Mais ces bornes, ce sont les élites qui les ont enlevées. Une par une.

Au moment de riposter et de bombarder, de ficher ou encore de légiférer, il est urgent de s’interroger sur les valeurs que l’on veut défendre: il s’agit de défendre la dignité et la sécurité humaines. Retrouvons les valeurs et les socles qui nous réunissent. Et arrêtons de dépenser du temps et de l’argent pour alimenter des machines qui nous divisent.

Alexandre Vautravers est collaborateur scientifique au Global Studies Institute (GSI) de l’Université de Genève et rédacteur en chef de la Revue militaire suisse (RMS).

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