Europe : la démocratie ou rien

Cela devient une mode de dénoncer les défauts de l’Europe en les imputant à des erreurs des gouvernements passés. Ils n’ont pas achevé le marché unique, leur Banque centrale n’était pas complète, une union économique manque à l’union monétaire, la soi-disant constitution n’était qu’un traité, il aurait fallu un gouvernement de l’économie européenne.

Tout ceci peut s’expliquer. A coup d’insuffisances de la méthode communautaire, d’échecs de la méthode intergouvernementale. On dira même que la méthode fédérale, pour une banque sans Etat, était prématurée. Au delà des langues de bois des uns et des autres, on peut tout démontrer : chacun a sa part de responsabilité. La seule vraie certitude, c’est que les fondateurs avaient d’abord voulu construire une grande démocratie européenne, et qu’on a dû, à cause de l’échec de la communauté de défense, à laquelle était attachée une communauté politique, emprunter une autre voie. Celle de l’Europe économique. Et ce n’est pas un échec, un marché de 500 millions de consommateurs, une monnaie forte et stable. Et partout dans le monde, l’attente, pour l’instant déçue, d’une Europe puissance, facteur d’équilibre.

Cette certitude a son corollaire : au long du long chemin de l’intégration, l’oubli croissant des peuples. Non que l’Europe économique ait été voulue contre eux, mais elle a avancé sans eux et, parfois, malgré eux. On a commencé par le marché, sans créer dans nos territoires les conditions de l’égalité des chances pour tous les Européens ; on a ajouté des politiques de cohésion et des stratégies pour la compétitivité et l’emploi sans gouvernement pour les conduire ; on a créé l’euro mais il est maintenant victime d’une répartition inégale de l’activité dans l’espace européen sans frontières, et de l’endettement excessif qui s’en est suivi.

L’euro ? Passera pas l’hiver, entend-on. Les gouvernements et les institutions communes font ce qu’ils peuvent, avec l’héritage qu’ils ont reçu. La crise leur révèle cependant ce dont les inventeurs de l’euro avaient clairement conscience : une union monétaire n’est pas viable sans union budgétaire, c’est-à-dire sans unité politique. L’erreur des gouvernements d’aujourd’hui, c’est de ne pas le dire. Et quand ils prétendent qu’une union budgétaire peut être gouvernée par dix-sept gouvernements ou plus, ils nous mentent.

Des gouvernements tombent et tomberont, d’autres se formeront à cause de la crise de la zone euro. Le marché unique lui-même est ébranlé. La question européenne, qui peine à trouver sa place quand il s’agit d’élire le Parlement européen, sera au cœur des prochains scrutins nationaux. Des candidats perdront ou gagneront sur l’euro. Le moment est venu de remettre l’Europe sur ses pieds. En la re-fondant sur le politique, en la continuant par une stratégie de sortie de crise. Le moment est venu d’une nouvelle bataille pour l’unité politique, pour une Europe démocratique, où l’union budgétaire n’aboutira pas à une concentration de pouvoirs entre les mains des exécutifs aux dépens des Parlements nationaux, mais à une division claire des pouvoirs entre les représentations nationales et une représentation européenne, sur une base constitutionnelle nouvelle, fédérale.

Il y a trois choses à faire qui ne sont pas dans l’accord de Bruxelles : annoncer l’unité politique, protéger l’union monétaire, préparer l’union budgétaire. Dire à quoi doit ressembler la fédération dont on a besoin, offrir de toute urgence les garanties nécessaires pour dissiper les doutes sur l’avenir de l’euro, créer un institut budgétaire et fiscal, à l’image de l’Institut monétaire européen qui prépara la banque, pour écrire la feuille de route d’un Trésor européen, première pierre de l’administration fédérale. Etats-Unis d’Europe : maintenant !

Par Bernard Barthalay, président de Puissance Europe; Enrique Barón Crespo, ancien président du Parlement européen; Emma Bonino, ancienne commissaire européenne, vice-présidente du Sénat de la République italienne; Babette Nieder, ancienne secrétaire générale de l’Office franco-allemand de la jeunesse.

Deja una respuesta

Tu dirección de correo electrónico no será publicada. Los campos obligatorios están marcados con *