Faire baisser l’euro, voilà la solution

On peut imaginer de deux façons l’éclatement de la zone euro : sous une forme atténuée : certains pays en difficulté décident d’en sortir, pensant ainsi se donner des marges de compétitivité (prix à l’exportation) ; sous une forme plus grave, la France ou l’Allemagne décident de mettre fin à l’union monétaire. Ni l’une ni l’autre ne sont vraiment plausibles.

Imaginez la Grèce, l’Irlande ou le Portugal décidant de revenir vers leurs drachme, livre, escudo. Ces monnaies s’effondreraient immédiatement par rapport aux autres, et les maux qui en résulteraient seraient bien plus violents que leurs petits avantages à l’exportation.

Où sont d’ailleurs les capacités industrielles leur permettant, brutalement, de se remettre à exporter ? Les touristes afflueraient sans doute en Grèce. Mais ils y sont déjà très nombreux ! Et que pourrait un glissement de 30 % ou 40 % contre les prix chinois à l’importation ? En revanche, la hausse du prix des matières premières importées et du pétrole générerait une inflation forte, qui viendrait réduire encore un peu plus le pouvoir d’achat, déjà atteint par les mesures d’austérité. Mais, surtout, le service de leurs dettes en euro deviendrait insoutenable.

De leur côté, ni la France ni l’Allemagne n’ont intérêt à dissoudre la zone. La France, pour les mêmes raisons que les pays précités : la dévaluation de plus de 180 % du franc par rapport au mark, entre 1949 et 2000, ne nous a jamais permis de rééquilibrer notre balance commerciale. Quant à l’Allemagne, en sens inverse, l’appréciation immédiate de son mark freinerait dramatiquement ses exportations tant par rapport aux pays européens qu’en Asie.

Mais que faut-il faire, alors, pour consolider la zone euro ? Des pas importants ont déjà été faits. D’abord, la décision de sauver la Grèce et de créer un fonds de soutien de 750 milliards d’euros, puis d’aider l’Irlande et, à cette occasion, la décision de créer, à partir de 2013, un système pérenne de soutien aux pays de la zone. Un autre pas important est le contrôle a priori, sans encore de vraie sanction, sauf la publicité des avis, sur les budgets nationaux.

Tous les pays, d’ailleurs, s’engagent dans des politiques d’austérité budgétaire – le terme “rigueur”, en vogue en France, est inadapté : les fonds publics doivent toujours être gérés avec rigueur – qui visent à rassurer les marchés. Ces cures d’austérité sont d’ailleurs excessives, car elles obèrent les recettes fiscales en ralentissant la croissance économique. Mais tout cela témoigne d’une volonté politique commune certaine. L’étape suivante, proposée par Jean Claude Junker et Giulio Tremonti, mais politiquement encore loin d’être admise, devrait être l’émission d’euro-bonds, qui constituerait un marché profond et liquide de la dette publique ; les Etats pourraient puiser dans le fonds ainsi constitué, dans des conditions évidemment diverses selon leurs situations, mais ils ne seraient plus directement en première ligne face aux marchés.

Mais l’Allemagne traîne les pieds. Angela Merkel se débat politiquement entre deux tendances. Celle des extrémistes de la puissance allemande, les disciples de Peter Sloterdijk, ceux qui considèrent que, leur pays ayant retrouvé sa puissance d’antan et oublié ses complexes, il n’a plus besoin de l’Europe, du moins de cette Europe-là avec les pays du “Club Med” !

Celle des plus réalistes, qui savent que l’Europe représente quand même plus de 60 % des exportations, et qui savent bien aussi que les fondamentaux allemands ne sont pas aussi bons que cela à long aller ! Mais, finalement, Angela Merkel “joue” toujours l’Europe et l’euro. On peut aussi penser qu’elle a une autre idée derrière la tête en se faisant prier pour chaque nouveau pas en avant. Faire baisser l’euro !

La baisse de l’euro serait donc un objectif ? S’agissant des hésitations d’Angela Merkel, ce n’est qu’une hypothèse très osée. Mais, contrairement aux avis majoritaires dans les commentaires, la baisse de l’euro à la suite des deux crises des dettes grecque puis irlandaise est finalement une excellente chose. On oublie trop que l’euro a été lancé, en 1999, à 1,15 dollar. Il a baissé jusqu’à 0,83 dollar, fin 2000, puis est remonté, avec une courte plongée en 2005-2006, jusqu’à des niveaux proches de 1,6 dollar, qui sont sans effet au sein de la zone, mais portent des coups fatals aux exportations hors zone.

Début 2010, il était encore à 1, 44 dollar. Il fait sortir notre monnaie commune du rôle de victime émissaire du duo dollar-yuan, et revenir à 1,15-1,20 dollar. Aussi bien l’émission “planche à billets” de la Réserve fédérale américaine (Fed), les fameuses “QE2”, que l’annonce d’aides apportées par la Chine à la Grèce et au Portugal, ont pour résultat de le faire remonter. Si une crise portugaise et une menace sur l’Espagne sont les seules voies pour qu’il revienne à une parité supportable, on est bien obligé de dire qu’elles deviennent souhaitables.

Jean Matouk, professeur honoraire de l’université Montpellier-1.

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