Faire entrer l’olympisme dans le XXIe siècle

Le Comité international olympique s’apprête à vivre, vendredi 2 octobre à Copenhague, l’élection de la ville hôte des Jeux olympiques de 2016. L’annonce du choix entre Chicago, Madrid, Rio de Janeiro et Tokyo retentira dans le monde entier. Ce “moment de vérité” sera retransmis en direct dans des millions de foyers et fera la “une” des journaux du monde entier.

Toutefois, aussi passionnante et divertissante soit-elle, cette élection n’est qu’une page de l’histoire qui s’écrit à Copenhague. De fait, le mouvement olympique abordera d’autres questions significatives une fois que les villes candidates auront quitté la capitale danoise, des questions qui pourraient avoir un impact plus durable sur les Jeux et la société. L’élection de la ville hôte s’inscrit donc dans le cadre d’une rencontre de plus grande ampleur : le congrès olympique.

Un congrès olympique est un événement rare. Le premier, qui s’est tenu à Paris en 1894, a permis l’établissement des Jeux olympiques modernes. Le congrès 2009 est le premier organisé depuis quinze ans et le premier de ce nouveau millénaire. Son rôle est d’aider et de guider le mouvement olympique dans un futur qui est non seulement riche en promesses, mais qui présente également de réels défis. Le thème de cette année est “Le mouvement olympique dans la société”. Ainsi que le pensait Pierre de Coubertin, fondateur de l’olympisme moderne, la compétition sportive sans valeurs ni culture n’est rien d’autre qu’un défilé militaire. Notre objectif est de mettre le sport au service de l’humanité et qu’il ait une influence positive sur la société.

L’abus de substances illicites et le dopage restent de sérieuses menaces à l’intégrité du sport et à la santé des athlètes, tout comme ils le sont pour la société dans son ensemble. Nos efforts pour dissuader et détecter les tricheurs ont progressé. Mais cette lutte est incessante et nous devons rester vigilants. L’éducation des jeunes athlètes leur permettra d’éviter les dangers du dopage. L’application des règles contribuera quant à elle à révéler et punir les tricheries.

Je ne me fais pas d’illusions. Cette lutte ne va pas se solder par une déclaration de victoire. En finir avec le dopage et la tricherie dans le sport est presque aussi vain que déclarer la fin de la criminalité. Mais tout comme pour la lutte contre la criminalité, cette bataille vaut la peine d’être livrée et c’est une lutte dans laquelle il me semble que nous gagnons du terrain.

Lutte contre le dopage

L’inactivité chez les jeunes est une autre menace qui plane sur le sport et la santé. Nous pouvons notamment en voir les effets avec l’augmentation de l’obésité. Depuis sa création, l’une des principales missions du mouvement olympique est de partager les bienfaits du sport avec les jeunes et d’encourager leur participation. Aujourd’hui, même si l’objectif reste le même, les enjeux diffèrent. Il est certain qu’il existe encore des endroits dans le monde où nos efforts pour amener le sport et ses valeurs se heurtent au dénuement des populations. Dans d’autres parties du monde, au contraire, nous devons redoubler d’efforts pour que les valeurs olympiques restent attrayantes face à la surabondance. A cette fin, en août 2010, nous adopterons une nouvelle approche afin de mobiliser les jeunes avec le lancement des tout premiers Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) à Singapour. Les JOJ ne sont pas des Jeux olympiques en miniature. Ils associent sport, éducation et culture afin de promouvoir des styles de vie sains et les valeurs olympiques que sont le fair-play, la solidarité, le respect et l’amitié.

A Copenhague, nous consacrerons également beaucoup de temps à la recherche d’autres moyens de concrétiser les valeurs olympiques par des actions. Nous examinerons la gouvernance de notre mouvement afin d’améliorer la transparence et les résultats ; nous reverrons le rôle des Jeux dans la promotion des valeurs olympiques ; nous oeuvrerons afin que les Jeux olympiques restent intéressants et réalistes quant au coût et à la taille des manifestations ; nous discuterons des moyens de soutenir davantage le sport dans les pays en développement ; et enfin, il sera surtout question de nos obligations envers les athlètes.

Nous avons pris une série de mesures ces dernières années afin d’aider les athlètes à réussir la transition entre le sport de compétition et leur vie privée et professionnelle, mais nous devons faire plus. Les athlètes sont au coeur de notre mouvement. Ils nous ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Nous avons une responsabilité envers eux et devons veiller à ce qu’ils aient la possibilité de mener une vie riche et productive au-delà de l’aire de compétition et des acclamations des spectateurs.

Les débats du congrès commenceront le lendemain de l’élection de la ville hôte des Jeux olympiques de 2016. Ce sera un grand moment, que j’attends avec impatience et dont je ne peux prédire le résultat. Mais il ne marquera ni la fin de l’histoire qui s’écrit à Copenhague ni une fin en soi pour la famille olympique. Les débats permettront de déterminer si le mouvement olympique restera utile et viable tout au long de ce nouveau siècle. Les fondateurs du mouvement olympique moderne au XIXe siècle ont dû rénover les Jeux et les valeurs du mouvement olympique. Notre mission est tout aussi importante aujourd’hui.

Jacques Rogge, président du Comité international olympique.