Grèce: l’austérité ne sert qu’à faire progresser l’extrême droite

La Grèce s’apprête à changer de cap le 25 janvier, jour des élections législatives. Mon parti, Syriza, s’engage à fonder un nouveau contrat social pour la stabilité politique et la sécurité économique. Nous proposons des politiques qui mettront fin à l’austérité, renforceront la démocratie et la cohésion sociale, et permettront à la classe moyenne de reprendre pied. C’est le seul moyen de consolider la zone euro et de rendre le projet européen attractif aux yeux des citoyens de tout le continent.

Nous devons mettre un terme à l’austérité afin de ne pas laisser la peur venir à bout de la démocratie. A moins que les forces du progrès et de la démocratie changent l’Europe, ce seront Marine Le Pen et ses alliés d’extrême droite qui la changeront pour nous.

Nous avons le devoir de négocier ouvertement, honnêtement et sur un pied d’égalité avec nos partenaires européens. Il serait absurde que chaque camp brandisse ses armes.

Permettez-moi de clarifier une perception erronée : équilibrer les comptes publics ne passe pas nécessairement par l’austérité. Un gouvernement Syriza respectera l’obligation de la Grèce, en tant que membre de la zone euro, de maintenir un budget équilibré, et se fixera des objectifs chiffrés. Qu’un gouvernement nouvellement élu décide de lui-même de la façon d’atteindre ces objectifs est toutefois un principe démocratique fondamental.

L’austérité ne fait pas partie des traités européens ; la démocratie et le principe de la souveraineté populaire, eux, y sont inscrits. Si le peuple grec nous accorde sa confiance, mettre en œuvre notre programme économique ne sera pas un acte « unilatéral », mais une obligation démocratique.

Crise humanitaire

Faut-il s’entêter à appliquer un traitement qui aide le mal à se répandre ? L’austérité a échoué en Grèce. Elle a mis l’économie à genoux et laissé sans emploi une grande partie de la population active. Nous sommes confrontés à une crise humanitaire. Le gouvernement a promis aux créanciers du pays qu’en 2015 il réduirait un peu plus les pensions et les salaires et augmenterait les impôts. Mais ces promesses n’engagent que le gouvernement d’Antonis Samaras – qui, pour cette raison, sera désavoué par les électeurs le 25 janvier.

Nous voulons faire de la Grèce un pays européen viable et démocratique. Notre manifeste, connu sous le terme de « programme de Thessalonique », contient une série de mesures à court terme, qui ne compromettent pas l’équilibre des comptes et sont destinées à atténuer la crise humanitaire dont souffre notre pays, relancer l’économie et remettre nos concitoyens au travail.

A la différence des gouvernements précédents, nous nous attaquerons à certains aspects de la société grecque qui ont contribué à perpétuer la crise. Nous tiendrons tête à l’oligarchie économique adepte de l’évasion fiscale. Nous ferons en sorte d’assurer la justice sociale et une croissance durable dans le contexte d’une économie sociale de marché.

La dette publique a atteint le chiffre astronomique de 177 % du PIB. C’est une situation non soutenable ; il est très difficile de rembourser une telle dette. Sur les prêts existants, nous demandons des conditions de remboursement qui ne provoquent pas de récession et ne précipitent pas la population dans une plus grande misère et un plus grand désespoir. Nous ne sollicitons pas de nouveaux prêts ; nous ne pouvons pas faire grandir encore la montagne de la dette.

Devoir moral

La conférence de Londres de 1953 a aidé l’Allemagne à réaliser son miracle économique d’après-guerre en déchargeant le pays du fardeau de ses erreurs passées (la Grèce figurait parmi les créanciers internationaux qui y ont contribué). L’austérité a bien entraîné un surendettement dans toute l’Europe, nous appelons donc à la tenue d’une conférence européenne sur la dette qui devra donner, de la même façon, un puissant coup d’accélérateur à la croissance. Il ne s’agit pas d’une opération visant à créer un risque moral. Il s’agit d’un devoir moral.

Nous attendons de la Banque centrale européenne elle-même qu’elle lance un vigoureux programme d’assouplissement quantitatif. Elle aurait dû le faire il y a longtemps. Ce programme devrait être d’une ampleur suffisante pour guérir la zone euro et donner tout son sens à l’expression « faire tout ce qu’il faut » pour sauver la monnaie unique.

Syriza aura besoin de temps pour transformer la Grèce. Nous sommes les seuls à pouvoir rompre avec les pratiques clientélistes et kleptomanes des élites politiques et économiques. Nous n’avons jamais été au gouvernement ; nous sommes une force neuve qui ne doit aucune allégeance au passé. Nous réaliserons les réformes dont la Grèce a réellement besoin (traduit de l’anglais par Gilles Berton).

Alexis Tsipras, leader du parti d’opposition de la gauche radicale grecque Syriza

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