Grèce : trois propositions pour sortir de l’impasse

Après l’euphorie de la victoire de Syriza, l’inquiétude a repris le dessus face au risque d’impasse prolongée entre le nouveau gouvernement grec et les partenaires européens, y compris la Banque centrale européenne. D’un côté, plusieurs Etats membres exigent le respect des engagements souscrits par la coalition précédente, alors que du côté grec, on n’entend pas demander une extension du programme actuel au-delà de fin février, et l’on souhaite plutôt négocier un «nouveau contrat» d’ici fin mai en dehors de la Troïka.

Si le bras de fer persiste entre les deux parties, les événements pourraient se précipiter bien avant la date butoir du programme d’assistance actuel à la fin du mois. En effet, dans l’intervalle, les retraits des dépôts des banques grecques amorcés en décembre se sont accélérés de manière alarmante, ce qui accroît la dépendance du système bancaire grec vis-à-vis de la liquidité fournie par sa banque centrale.

Or, la Banque centrale européenne vient d’indiquer de manière on ne peut plus claire que la banque centrale grecque ne sera autorisée à continuer à jouer un rôle de prêteur de dernier ressort pour ces banques fragilisées par la fuite des dépôts que si le pays reste sous programme (lire page 18).

Sortir d’une telle impasse nécessiterait dans l’immédiat de la souplesse de part et d’autre. Cela suppose, dans un premier temps, une extension purement technique du programme actuel en vue de négocier un «nouveau contrat» d’ici fin mai. Le Trésor grec aurait de quoi assurer ses besoins de financement, du moins d’ici là, avec un peu d’aide de la Banque centrale européenne pour autant qu’elle signale de manière explicite que l’extension technique du programme va de pair avec une poursuite de l’autorisation de la fonction de prêteur de la banque centrale grecque jusqu’à fin mai. Une telle extension permettrait également de stopper la fuite des dépôts.

Il faudrait dans un second temps définir les modalités d’un tel «nouveau contrat» en vue d’amener les finances publiques grecques sur une trajectoire soutenable en fonction d’hypothèses prudentes, tout en libérant les ressources indispensables pour répondre à la crise sociale et humanitaire du pays.

Nous proposons trois pistes concrètes pour y parvenir.

1. Etaler la durée de vie des prêts en cours et réduire leurs taux d’intérêts. Cette option identifiée par le think tank Bruegel permettrait d’alléger le fardeau de la dette grecque sans créer de pertes pour les créanciers de la zone euro, autrement dit, sans passer par des transferts fiscaux. Selon leurs estimations, les effets combinés de ces mesures induiraient un allégement de la charge annuelle du service de la dette d’environ 0,75% du PIB courant pour les trente-cinq prochaines années.

2. Rappelons que 48 milliards d’euros ont été alloués pour la recapitalisation du secteur bancaire grec à travers le Fonds de stabilité financière hellénique. Une recapitalisation directe ex post des banques grecques par le Mécanisme européen de stabilité (MES) permettrait un allégement significatif de la dette. Cette mesure est devenue possible en décembre 2014 conformément aux engagements pris en 2012 par les leaders européens, au moment où il fallait couper le nœud gordien entre secteur bancaire et secteur public. Ce faisant, le MES deviendrait propriétaire des banques recapitalisées avec l’argent du contribuable européen. Une telle opération se traduirait par un allégement supplémentaire service de la dette de l’ordre de 0,5% du PIB actuel et ne coûterait pas 1 cent au contribuable européen puisque celui-ci échangerait un titre de dette par un titre de propriété bancaire de même valeur.

3. Face au caractère faillible des scénarios macroéconomiques sur lesquels sont élaborés les programmes d’ajustement, il se révèle nécessaire de mettre en place des mécanismes d’assurance en cas de chocs défavorables.

A l’instar de la très bonne proposition que le ministre des Finances grec a faite à Londres ce lundi, une manière à la fois souple et intelligente d’y parvenir serait d’indexer les prêts officiels au PIB grec. Cette indexation prévoirait des mesures ex ante telles qu’une extension de la durée de vie des créances ainsi que des périodes de grâce supplémentaires pour le paiement d’intérêts si la situation économique se détériorait plus que dans le scénario de référence. Inversement, si la croissance du PIB était meilleure que prévue, les créanciers publics bénéficieraient contractuellement d’un taux d’intérêt plus avantageux ou d’une prime de remboursement du capital ou encore d’un remboursement anticipé.

Dans l’ensemble, une combinaison intelligente de ces trois mesures serait suffisante pour réduire les coûts des services de la dette à un niveau susceptible de dégager des ressources significatives (environ 8 milliards d’euros sur quatre ans) pour s’attaquer à l’urgence sociale et ainsi favoriser le terrain d’une reprise économique.

Ces mesures ne constituent à nos yeux qu’un sous-ensemble d’un véritable plan Marshall pour la Grèce visant à poser les jalons d’une économie soutenable. Malheureusement la voie de compromis que ces trois propositions ébauchent s’amenuise au fur et à mesure que les jours passent et que les dégâts de l’impasse actuelle deviennent irréversibles. Les leaders européens et la BCE doivent donc agir au plus vite si l’on entend éviter une catastrophe majeure pour le projet européen.

Eva Joly, membre de la Commission économique et monétaire du Parlement européen et Philippe Lamberts, président du groupe Verts-ALE, spécialiste sur les questions économiques et financières.

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