Guinée : il faut des élections équitables pour régler la crise

En ce début d’année, la Guinée a une chance historique de sortir de la spirale infernale imposée par le système autocratique instauré sous le général Lansana Conté et qui s’est perpétué, de façon alarmante, jusqu’aux massacres de civils et viols collectifs de femmes sans défense perpétrés le 28 septembre 2009.

Force est de constater qu’un an après avoir suscité un réel espoir en prenant le pouvoir, sans effusion de sang, dans un contexte de vide constitutionnel, le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) n’a tenu aucun de ses engagements démocratiques. Il a plutôt jeté le pays dans le chaos, et l’a mis au ban de la communauté internationale.

Une lueur d’espoir vient, cependant, d’émerger après la toute récente proposition émise par le général Sékouba Konaté, le chef de l’Etat par intérim. Il a proposé de confier à un représentant des Forces vives (constituées de l’opposition politique, des syndicats et des acteurs de la société civile) la responsabilité de conduire un gouvernement d’union nationale, chargé d’assurer une transition devant déboucher à terme sur des élections, nonobstant le lourd legs politique et militaire laissé par le capitaine Moussa Dadis Camara.

Il est plus qu’urgent d’exploiter la nouvelle dynamique insufflée par le général Konaté car elle a le double mérite de raffermir à la fois l’unité nationale et la cohésion de l’armée guinéenne. Il est incontestable que la seule voie de sortie de crise en Guinée réside dans la mise en place d’un gouvernement consensuel, composé de patriotes civils et militaires, et dont la seule vocation est d’organiser, dans un délai n’excédant pas six mois, des élections transparentes, démocratiques et inclusives.

Seule l’instauration par le suffrage universel d’un tel processus démocratique peut restaurer la légitimité constitutionnelle, rétablir la confiance, à l’intérieur comme à l’extérieur, et garantir la rupture totale avec les rouages d’un système qui a montré sa capacité de survie et de nuisance quels que soient les responsables militaires ou civils en place.

C’est en effet au-delà des personnes et au coeur même du système qu’il faut opérer le changement. Car le prompt déclin de Dadis Camara a montré que sa bonne foi clamée s’est très vite heurtée aux privilèges, prébendes et trafics en tout genre accumulés, au cours de ces vingt-cinq dernières années, par des groupes d’intérêt arc-boutés au régime de Lansana Conté.

Membres ou non du CNDD, mais désormais tapis dans l’ombre de Dadis Camara, ils ne pouvaient envisager l’avenir politique de la Guinée autrement que dans le cadre d’un système politique avatar du régime Conté. Quitte, et c’est hélas ce qui s’est passé le 28 septembre 2009, à utiliser l’arme fatidique de la répression aveugle. Le traumatisme subi, une fois de plus, ce jour-là, par la population, discrédite définitivement tous ceux qui, de près ou de loin, ont leur part de responsabilité dans lesdits massacres.

Rupture

Les conséquences de cette tragédie ordonnent obligatoirement une rupture par rapport à tout ce qui a été envisagé précédemment. Elles doivent désormais inciter tous les acteurs guinéens, avec le soutien des partenaires extérieurs, à organiser au plus vite des élections, qui seules permettront de légitimer les futurs dirigeants sur la base d’autres mécanismes que ceux qui ont conduit à l’émergence du système à abolir.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI), déjà en place, est en mesure de réunir dans un délai de quatre à six mois toutes les conditions pour la tenue d’élections régulières et équitables. Il est grand temps pour la Guinée, cinquante ans après le vote historique du 28 septembre 1958 consacrant son indépendance, de s’engager enfin sur la voie permettant de donner tout son sens au suffrage universel. Et il est temps aussi pour l’armée guinéenne de renouer avec son passé glorieux, qui l’a vu s’illustrer sur le terrain de la lutte de libération des anciennes colonies portugaises, mais également au Congo en 1960 dans le cadre des Nations unies, et enfin au Liberia et en Sierra Leone.

Alpha Condé, président du Rassemblement du peuple de Guinée.