Il est urgent d’inventer un Davos des métropoles

« Paris, Rouen, Le Havre, une seule et même ville dont la Seine est la grande rue », énonce Bonaparte en 1802. Quoi de plus contemporain que cette vision alors que s’engage la réflexion sur l’avenir de la métropole du Grand Paris et de la région Capitale qui associe la région Ile-de-France et la Normandie nouvelle.

Napoléon III et Haussmann ont façonné une ville capitale. De Gaulle et Delouvrier ont inventé un dispositif régional associant transports et villes nouvelles. Aujourd’hui, la Métropole du Grand Paris, la Société du Grand Paris et la Société du Grand Paris Aménagement offrent les conditions nécessaires pour créer, non seulement une métropole du XXIe siècle, mais aussi le laboratoire mondial des formes du vivre-ensemble.

En 2025, on comptera vingt-cinq conurbations de plus de dix millions d’habitants. Le Grand Paris et le Grand Londres seront les dernières de cette liste qui regroupera des ensembles hétérogènes de plusieurs dizaines de millions d’habitants parmi lesquels Tokyo, Mexico, Lagos, Manille, Shanghaï, Mumbai et New York. Les ensembles millionnaires seront innombrables.

Autoroutes et des voies ferrées infranchissables

Le XXIe siècle est condamné à trouver, et à transmettre, les solutions permettant le vivre-ensemble dans ces mégapoles. Pour l’heure, hantés par les enjeux du changement climatique et de la révolution numérique, nous nous interrogeons sur les formes et les qualités de ces territoires sans limites et, semble-t-il, en inachèvement perpétuel. L’Exposition universelle est l’occasion unique de saisir à bras-le-corps ces questions.

La révolution numérique, qui fait que tout un chacun est connecté et a accès à toutes les connaissances possibles, a totalement ignoré le rapport à l’espace. Les algorithmes et les big data ont perdu tout sens de l’aléatoire, autrement dit ce qui constitue la richesse de la vie collective dans les villes. Une réflexion, avec des actions concrètes, portant sur la revalorisation des territoires face à l’abstraction du numérique est donc indispensable. C’est au prix de la réconciliation entre Internet et les territoires que les métropoles pourront surmonter leur « inquiétante étrangeté ».

Toujours les mêmes et toujours différentes, les métropoles mondiales sont toutes confrontées à des espaces « mégapolitains » découpés par des autoroutes et des voies ferrées infranchissables. Organisées en quartiers impossibles à desservir en transports collectifs, elles génèrent des espaces de relégation et juxtaposent des aires industrielles, actives ou en jachères, à des espaces agricoles, des équipements commerciaux surdimensionnés et des déserts culturels.

Le paradoxe est que cette complexité fascinante, que l’on peut découvrir la nuit, en avion, avant d’atterrir, se parcourt aujourd’hui, in vitro, au moyen de l’incroyable révolution des données numériques et des street views, depuis n’importe quel mobile connecté.
Cette situation oblige à repenser les outils de la gouvernance urbaine. Elle signe la fin des plans d’urbanisme, alors même que personne, aujourd’hui, ne dispose d’outils adaptés à cette nouvelle situation.

Un des grands plus grands défis du XXIe siècle

Aux Etats-Unis, la côte Est, de Boston à Washington, et la côte Ouest, de San Francisco à San Diego, formalisent les deux grandes mégapoles américaines. Des fleuves comme le Yang-Tsé à Shanghaï, l’embouchure de la Tamise à Londres, la baie de Tokyo, et le delta du Nil au Caire s’imposent pour fonder les identités de ces territoires métropolitains.

En choisissant la vallée de la Seine comme cadre et l’aménagement des métropoles comme sujet pour l’Exposition universelle qu’elle souhaite organiser, la France s’honorerait d’apporter une réponse à l’un des grands plus grands défis du XXIe siècle. Convoquer tous les pays du monde afin qu’ils mettent en commun leur savoir-faire pour transformer les mégapoles constituerait une formidable ambition pour le Bureau international des expositions (BIE). Quoi de plus beau que la vallée de la Seine pour définir l’identité et le modèle d’une grande métropole européenne ? Elle combine la géographie et une organisation multipolaire historique sans lesquelles aucune métropole ne peut se construire.

Autour du fleuve, le tressage de toutes les formes de mobilité, des vélos aux trains rapides, des autoroutes aux péniches, devra s’inscrire dans un plan de déplacements d’ensemble lisible pour tous. Une confrontation des systèmes de transport du monde pourrait être organisée à l’initiative de la Société du Grand Paris. De la mobilité à grande vitesse à celle, plus lente, pour les habitats diffus, il faudra explorer toutes les nouvelles formes d’éco-mobilité.

Les atouts culturels, industriels, agricoles et paysagers de la vallée de la Seine sont exceptionnels. Reste à inventer la coexistence pacifique de l’habitat, de l’agriculture et des espaces naturels protégés. L’art à grande échelle, le Land Art, trouvera dans la vallée des perspectives pour créer une confrontation culturelle universelle inédite révélant les charmes et les vérités métropolitaines. Le lourd et le léger, le tactile et la lenteur peuvent retrouver leur place dans l’univers métropolitain.

Aujourd’hui, les villes mondes doivent être pensées comme des villes refuges, sans quoi elles ne peuvent que se décomposer. D’Athènes à Los Angeles, de Moscou à Lagos, la situation est, de ce point de vue, déjà critique.

Enfin la question de la prise de pouvoir des grandes métropoles sur les organisations nationales ou internationales ne doit pas être évacuée. Le monde des métropoles fonctionne en des réseaux qui échappent aux Etats-nations. Il est urgent d’imaginer et d’inventer un « Davos des métropoles ». L’Exposition universelle du Grand Paris autour de la Seine pourrait en constituer l’acte de naissance.

Antoine Grumbach est membre du Conseil scientifique de l’atelier international du Grand Paris et lauréat du Grand Prix national d’urbanisme.

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