Il faut refonder le partenariat économique entre la Chine et l’Union européenne

C’est la curée générale ! En ce temps de protectionnisme assumé, l’Europe s’offre un bouc émissaire de choix, la Chine. Elle ne lui accordera probablement pas le statut d’« économie de marché », ce vague concept ouvrant droit à l’abaissement des barrières douanières.

Déjà, le Parlement européen a adopté une résolution défavorable. Des syndicats et des lobbies industriels plaident dans le même sens. En jeu, le maintien de plusieurs filières industrielles et la sauvegarde de trois millions d’emplois en Europe. On pourrait se féliciter d’une telle unanimité si cette posture ne cachait pas de nombreuses imprudences.

D’abord, il faut souligner la légèreté des Européens lors de la signature du protocole de Doha en 2001. Sous prétexte de décrocher cet accord, ils s’accommodent d’un article flou. Dans les entrelacs du document, un obscur paragraphe prévoit qu’en 2016 au plus tard, ce statut soit accordé à la Chine sans que l’on sache si cette perspective est automatique ou pas.

Protectionnisme daté

Pendant seize années, l’Europe s’en inquiète peu. Les échanges et les investissements dans l’empire du Milieu vont croissants et depuis quelques années, la Chine déverse ses capitaux en Europe. Tout ce temps, l’Europe s’alarme mollement de la délocalisation des usines, des dégâts collatéraux sur l’emploi. Tout est laissé à l’avenant sous le double prétexte des bienfaits supposés de la globalisation et du maintien du pouvoir d’achat dans les économies occidentales.

Sauf exception, l’Europe durcit rarement le ton contre les subventions chinoises à des pans entiers de son économie. Les rapports d’étape sont des condensés d’hypocrisie. Plutôt que de remettre tout à plat, les Européens jouent « l’harmonie », le mot-clef des discours officiels chinois.

La légèreté conduit aujourd’hui à prêter voix à un protectionnisme daté. Bousculée par le populisme ambiant, l’Europe cherche à se refaire une santé en nommant l’ennemi. Pourtant la Chine n’est pas le seul intervenant dans la fabrication de produits. Les chaînes de production incluent de nombreux autres pays. De surcroît, les technologies et les savoirs étant aujourd’hui mondialisés, comment reconstruire un modèle industriel organisé autour de barrières infranchissables ? Tout au long de l’histoire, la muraille de Chine a été un leurre. La muraille de l’Europe est autant une illusion. Fendre l’interdépendance des économies s’annonce comme un vœu pieu.

Solutions d’urgence

La derrière imprudence se rapporte à l’avenir. Longtemps perchée sur de belles hauteurs, la croissance chinoise s’affadit. Malgré une création monétaire abondante et la relance de la consommation intérieure, les résultats sont décevants. Bousculées, les autorités ont besoin d’apporter en urgence des solutions.

Celles-ci passent par des concours extérieurs massifs, notamment, dans le domaine de l’environnement. Dépollutions des sols ; recyclage des déchets ; traitement des eaux ; interdiction des matériaux dangereux ; efficacité énergétique, etc. ; tous secteurs où l’Europe a une sérieuse longueur d’avance sur le plan technologique, législatif et du management. Alors que les Etats-Unis semblent vaciller avec l’environnement, l’Europe a une immense carte à jouer. Au lieu de battre en retraite, elle doit prendre l’initiative.

Dès lors, plutôt que de refuser à la Chine le statut d’« économie de marché » mieux vaut le lui accorder tout en refondant en même temps le partenariat unissant les deux ensembles. Plus construit, plus durable, moins flou, moins hypocrite.

François de la Chevalerie, entrepreneur à Tianjin, Chine)

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