Il n’y a qu’une voie à suivre à Gaza

Existe-t-il une possibilité de paix entre Israël et les Palestiniens, ou devons-nous simplement nous habituer à des guerres périodiques qui privent les deux parties de la tranquillité et de la stabilité qu’elles recherchent?

Il est facile d’être pessimiste. L’histoire de la région est jonchée de plans de paix qui ont échoué, de conférences diplomatiques qui se sont effondrées et de médiateurs complètement désabusés. Tout semble avoir été essayé, rien ne semble avoir fonctionné. Tout le monde se retrouve à rejeter la faute sur quelqu’un d’autre que soi.

Au début des années 1990, les Accords d’Oslo ont montré ce qu’il était possible de faire. Le président de l’Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat (un ancien terroriste), et le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin (un ancien général), se sont serré la main sur la pelouse de la Maison-Blanche. La voie vers une solution à deux Etats était tracée, même si des détails cruciaux restaient à régler.

«La conviction que la question palestinienne pouvait être oubliée»

Mais le processus d’Oslo a finalement échoué, en raison de l’opposition qui s’est développée tant chez les Israéliens que chez les Palestiniens. L’optimisme initial a cédé la place au terrorisme palestinien et aux colonies israéliennes illégales, et la situation n’a cessé de se dégrader depuis. Si les administrations américaines successives ont tenté à plusieurs reprises de relancer le processus de paix, aucune n’en a fait une priorité absolue. Jusqu’au 7 octobre, l’administration Biden avait laissé la question en veilleuse, espérant que la région resterait calme pendant qu’elle-même se concentrerait sur d’autres projets.

Pour sa part, l’Union européenne a longtemps maintenu un engagement en faveur du processus de paix au Moyen-Orient et a publié, en décembre 2009, une déclaration détaillée appelant à «une solution à deux Etats, avec l’Etat d’Israël et un Etat de Palestine indépendant, démocratique, contigu et viable, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité». Mais l’intérêt de l’Europe pour cette question aussi s’est émoussé au fil du temps. Bien qu’il y ait plusieurs raisons à cela, les efforts constants du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, pour rendre impossibles des pourparlers de paix sérieux ont certainement joué un rôle important.

En outre, les hommes politiques américains, européens et israéliens ont commencé à se convaincre que la question palestinienne pouvait tout simplement être oubliée, étant donné que de plus en plus de pays arabes avaient commencé à établir des relations diplomatiques officielles avec Israël. «Si le monde arabe ne se préoccupe plus des Palestiniens, pensaient-ils, pourquoi nous, nous devrions le faire?»

Maintenant que le bourbier politique et la catastrophe humanitaire de Gaza ont remis la question sur le devant de la scène, il est clair qu’il ne peut y avoir de résolution sans quelques pas décisifs vers une solution à deux Etats.

Le poids grandissant des extrémistes

Nous ne devons pas nous faire d’illusions. Les obstacles sont énormes. L’un des plus préoccupants est l’augmentation apparente du soutien à la violence parmi les Palestiniens, devenus frustrés au point d’en être désespérés. Le Hamas n’est pas la seule organisation à considérer la terreur comme le meilleur moyen d’avancer. En Cisjordanie aussi, l’Autorité palestinienne a perdu le contrôle de certaines zones où elle est censée assurer la sécurité et l’ordre.

Un autre obstacle majeur est l’inclusion de colons juifs fondamentalistes au sein de l’actuel gouvernement israélien. On estime aujourd’hui à 700 000 le nombre de personnes vivant dans des colonies illégales disséminées sur le territoire censé appartenir à un futur Etat palestinien. Nombre de ces colons sont armés et, depuis le 7 octobre, ils ont par la violence forcé des centaines de Palestiniens à quitter leur maison. Certains rêvent même ouvertement de démolir le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa, afin de reconstruire le Temple biblique de Jérusalem (détruit par les Babyloniens en 587 avant J.-C., puis par les Romains en 70 après J.-C.).

Les extrémistes des deux camps veulent contrôler toutes les terres situées entre le fleuve et la mer par tous les moyens nécessaires. Si les uns ou les autres sont autorisés à gagner du terrain, cette guerre deviendra encore plus meurtrière qu’elle ne l’est déjà.

La clé est donc d’utiliser la perspective renouvelée d’une solution à deux Etats pour galvaniser les forces modérées des deux côtés – et de le faire rapidement, avant que davantage de personnes ne succombent au fatalisme ou au désespoir. Cette réouverture ne se fera pas sans un engagement international fort et soutenu de la part des Etats-Unis, de l’Union européenne et des autres Etats arabes. La Russie s’étant elle-même ostracisée avec sa guerre d’agression contre l’Ukraine, la communauté internationale aura besoin d’un nouveau format pour remplacer l’ancien Quartet pour le Moyen-Orient (l’UE, les Etats-Unis, les Nations unies et la Russie).

«Renoncer à la diplomatie, c’est accepter l’inacceptable: la guerre éternelle»

Bien que les élections à venir aux Etats-Unis et ailleurs puissent détourner l’attention l’année prochaine, la question devrait devenir une priorité absolue par la suite. Nous ne devons jamais renoncer à la diplomatie. On vient de nous rappeler à quoi ressemble l’alternative.

Pourtant, renoncer à la diplomatie, c’est accepter l’inacceptable: la guerre éternelle. C’est pourquoi, même au milieu des horreurs de la dernière guerre de Gaza, le discours sur une éventuelle solution à deux Etats reste d’actualité et s’est même amplifié.

Lors de sa conférence de presse du 3 novembre à Tel-Aviv, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, est allé plus loin dans la description d’une solution durable qu’aucun responsable américain ne l’avait fait depuis longtemps, voire jamais. Une solution à deux Etats, a-t-il affirmé, est «le seul garant d’un Israël sûr, juif et démocratique; le seul garant de la réalisation par les Palestiniens de leur droit légitime à vivre dans un Etat qui leur soit propre, jouissant de mesures égales de sécurité, de liberté, d’opportunités et de dignité; le seul moyen de mettre fin une fois pour toutes à un cycle de violence».

Blinken a raison. La seule solution ultime consiste à garantir à tous, entre le Jourdain et la Méditerranée, une «égale mesure de sécurité, de liberté, d’opportunités et de dignité». Les dirigeants européens ont reconnu cette réalité dès 1980 avec la Déclaration de Venise. Les neuf membres de la Communauté européenne (à l’époque) ont proclamé que «le peuple palestinien, qui est conscient d’exister en tant que tel, doit être mis en mesure, par un processus approprié défini dans le cadre d’un règlement de paix global, d’exercer pleinement son droit à l’autodétermination».

Pas de véritable paix régionale tant que la question palestinienne n’aura pas été réglée

A cette époque, les gouvernements arabes avaient renoncé à tenter d’effacer l’Etat d’Israël. Après leur échec lors de la guerre du Kippour en 1973, ils ont finalement accepté de faire la paix. Mais comme le reconnaît la Déclaration de Venise, une véritable paix régionale ne sera pas possible tant que la question palestinienne n’aura pas été réglée.

Carl Bildt, ministre des Affaires étrangères de Suède, 2006-2014; premier ministre, 1991-1994.

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