Intelligence artificielle : ni naïveté ni pessimisme

A l’approche de la publication des conclusions de la mission sur l’intelligence artificielle présidée par Cédric Villani [député LRM], le débat semble figé entre deux camps qui correspondent à deux opinions diamétralement opposées sur le progrès. D’un côté, ceux qui craignent perpétuellement le pire, et notamment que les avancées techniques ne servent que quelques intérêts particuliers. Ceux-là considèrent comme naïfs ceux qui, de l’autre côté, espèrent toujours que l’innovation résoudra tous nos maux. Entre ces deux opinions, nous défendons une voie médiane où le progrès sert à tous.

Pas un jour ne s’écoule sans que la technologie, intelligence artificielle en tête, véhicule de nouvelles craintes. Et si la machine dominait le monde ? Et si nous étions espionnés ? Et si nous perdions nos emplois ? Pourtant, nous le savons bien, les technologies améliorent la vie quotidienne : meilleur accès aux soins, meilleure appréciation des risques et anticipation des catastrophes, éducation personnalisée et partage accru de la connaissance.

Le progrès n’est accepté socialement que s’il est inclusif. Donc, ce qui en est fait est l’affaire de tous : citoyens, entreprises, pouvoirs publics. Créée par l’homme et pour l’homme, la technologie reste un outil permettant de faire ce qui est hors de portée physique ou intellectuelle. Autrement dit, elle nous augmente.

Avec chaque nouvelle génération technologique, de nouveaux rôles, de nouveaux modèles économiques et sociaux sont inventés ; des aptitudes différentes et des compétences inédites voient le jour. Notre responsabilité collective est d’en faciliter l’éclosion. Pour que le progrès serve à tous, nous savons que rien ne remplace la vigilance, le travail ou quelques principes inaliénables. Travailler avec une matière aussi disruptive que l’intelligence artificielle implique la confiance… Et son corollaire, la transparence.

Les entreprises doivent pouvoir expliquer ce qui a été intégré dans les recommandations de leurs algorithmes, quelles sources sont utilisées et pourquoi. Les usagers doivent savoir qui a formé la machine. C’est fondamental, pour que chacun comprenne pourquoi le système recommande telle conclusion et puisse la considérer, la moduler voire s’en écarter selon sa propre intuition ou expérience.

Des moyens de protection

Ces propositions résultent d’analyses dont la matière première est la donnée. Par conséquent, toute entreprise collectant, stockant, gérant ou traitant des données doit les administrer de manière responsable, qu’il soit question de leur propriété, leur protection, leur sécurité ou leur circulation.

Nous pensons que les données de nos clients leur appartiennent. C’est extrêmement clair : pour bénéficier de nos solutions et de nos services, nos clients n’ont pas à céder leurs droits sur leurs données, ni sur les connaissances tirées de ces données. C’est aussi la raison pour laquelle IBM n’a jamais fourni les données de ses clients à une agence de renseignement dans le cadre d’un programme de surveillance impliquant la collecte massive de contenus et de métadonnées.

Sous prétexte de protéger les données, d’aucuns ont la tentation de les retrancher dans des bunkers nationaux, isolés les uns des autres. Or, tous nos interlocuteurs le disent, la libre circulation des données est vitale pour l’innovation et les échanges. Ni la sécurité ni la souveraineté ne dépendent du lieu où se trouvent les données, mais des moyens de leur protection. Depuis plus d’un siècle d’activité en France, nous savons qu’il est possible d’atteindre le bon équilibre entre protection, sécurité, vie privée et liberté.

Aussi, sans verser dans un défaitisme racoleur ni dans une candeur naïve, grâce à ces valeurs, je suis optimiste quant à un usage humaniste et responsable de l’intelligence artificielle dans notre pays. Parce que nous sommes convaincus que jamais la technologie ne remplacera le jugement, l’intuition ou les choix éthiques des hommes et des femmes.

Nicolas Sekkaki, président d’IBM France.

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