Inventons une souveraineté collective

L’Europe est-elle une future puissance du passé, ou est-elle capable de profondes transformations pour assurer un avenir à son demi-milliard d’habitants, dans les grandes mutations de la mondialisation ? La crise économico-financière qui ravage nos perspectives depuis 2007 n’est qu’un signe, certes profond, aux Etats-Unis et plus encore en Europe. Mais ces déséquilibres, dus autant au vieillissement des structures économiques, financières et sociales d’un certain nombre de pays du Sud, sont révélateurs de quelque chose de plus profond : la puissance mondiale a quitté les rives de l’Atlantique pour s’installer sur les rives du Pacifique. Mais cette tornade a mis au jour la nécessité de repenser nos systèmes, et d’accepter l’idée qu’il n’y a pas de politiques applicables sans un gouvernement pour la conduire, c’est-à-dire une construction politique claire.

Nous vivons dans un monde où les nouveaux rapports sont marqués par la concurrence violente que se livrent des Etats. La plupart des enjeux qui conduisent notre vie quotidienne sont issus de choix globaux. Que l’on regarde la conduite de nos économies, le contrôle de nos finances publiques, la mise en ordre des systèmes financiers mondiaux qui nous affectent, la nécessaire réindustrialisation de l’Europe, l’urgence d’une harmonisation des fiscalités applicables aux entreprises à l’intérieur de l’Union européenne, l’urgente mise en place d’une vraie politique sociale, l’indispensable investissement dans les métiers d’avenir où nos chercheurs sont de très bon niveau, tout appelle à la mise en commun des efforts et non pas au bal des égoïsmes qui finira par être mortel.

Bien sûr, nous ne sommes pas sourds, nous entendons le vent mauvais du populisme drapé dans les pseudo-vertus de fausses valeurs nationales. Car qu’on nous dise où est la souveraineté des Etats si endettés que n’importe quel spéculateur dans n’importe quelle place financière peut obliger nos gouvernements à modifier leurs politiques économiques ou fiscales. Et d’ailleurs positivement cette fois, les vingt-sept Etats membres n’ont-ils pas apporté au pied de la construction européenne une partie de cette indépendance en acceptant qu’environ 60 % des lois auxquelles nous obéissons soient d’essence communautaire et non plus nationale ?

Dans le même ordre d’idées, qui se plaindrait qu’une immense partie de la production industrielle ou des services créés dans notre pays soit vendue à nos voisins européens ? Enfin, même si c’est un sujet de débat, n’avons-nous pas déjà délégué une souveraineté essentielle en bâtissant l’euro ? C’est donc une autre forme de souveraineté qu’il faut trouver à l’intérieur de l’UE, et cette forme ne peut être que collective. Pour que la nouvelle Europe démocratique que nous appelons de nos voeux puisse franchir cette deuxième étape de son histoire, il est indispensable que les citoyens soient plus associés à leur destin continental. N’ayons pas peur, comme ce fut le cas lors du traité de Maastricht en 1992, et davantage encore lors du référendum sur le traité constitutionnel de 2005, d’écouter les arguments de ceux qui craignent l’avancée européenne, de ceux qui sont réticents, de ceux qui veulent une inflexion. S’agissant de l’opinion, la question européenne est d’abord nationale en même temps que communautaire.

La campagne présidentielle française est ressentie comme un théâtre d’invectives qui masque les débats de fond. Dans la crise que nous vivons, ce n’est pas anodin d’avoir une politique de construction de l’Europe, et il serait loyal de l’expliquer clairement, sincèrement, à l’opinion française.

Par Jean-Marie Cavada, député européen PPE, président du Mouvement européen-France Guillaume Klossa, président d’EuropaNova.

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