Israël comprend les révoltes arabes

Les événements d’Egypte, de Tunisie et de Libye amènent le monde à revoir sa vision du Proche-Orient et des pays qui bordent la Méditerranée. Pourtant, des paradigmes commodes circulent toujours sur cette région. Nous vivons aujourd’hui dans un univers en mutation, tant au niveau économique que politique. Or, contrairement aux idées reçues parfois en Europe, le conflit israélo-arabe, que nous sommes déterminés à résoudre, n’est pas la mère de tous les conflits.

Les événements récents le démontrent avec force, ce n’est pas ce conflit qui est au coeur des mouvements qui agitent la planète. En Egypte, en Tunisie, en Libye, au Yémen, naissent des mouvements populaires pour la démocratie. Dans les rues du Caire, de Tunis, de Tripoli, des milliers d’hommes et de femmes manifestent leur détermination à obtenir des droits politiques et sociaux.

Mais n’oublions pas que l’ambition nucléaire de l’Iran, son implication au Liban, à Gaza et ailleurs, mettent le monde en danger. Comme le prouve son soutien aux forces religieuses et extrémistes du Hamas et du Hezbollah, l’Iran met en oeuvre le pire pour se rendre maître d’un nouveau Moyen-Orient qui lui ferait allégeance.

En Afghanistan, en Irak, au Liban, des forces radicales et terroristes s’opposent à la dynamique politique de la démocratisation. A coups d’attentats terroristes, des mouvements intégristes tentent de saper par tous les moyens nos valeurs de coexistence et de tolérance.

Au Soudan, un autre mouvement national lutte, cette fois, contre le fondamentalisme religieux imposé par le régime de Khartoum.

Nous, en Israël, qui défendons chaque jour les valeurs des droits de l’homme, l’égalité entre hommes et femmes, la liberté d’expression et la justice, comprenons les aspirations des peuples à disposer d’eux-mêmes.

En Egypte, en Tunisie, au Soudan, en Libye, au Yémen, a-t-on vu les manifestants parcourir les rues et revendiquer leurs droits au nom du conflit israélo- palestinien ? Bien sûr que non ! Car ce qui a inspiré ces soulèvements populaires n’est pas lié au conflit israélo-arabe.

En Afghanistan, en Irak, au Liban, le fanatisme et le terrorisme sont la source de la déstabilisation. C’est le seul dénominateur commun des conflits actuels. Seul le fanatisme radical alimente ce cordon ombilical de la haine à travers le monde. De récents attentats terroristes en Russie à l’exécution des deux jeunes otages français au Niger, depuis les attentats du 11-Septembre, ce sont des valeurs qui sont chères à nos pays démocratiques, de liberté, de tolérance et d’échanges, qui sont attaqués par la terreur aveugle et barbare des fanatiques.

Le monde porte encore en mémoire le choc du 11 septembre 2001, les cris de joie des milliers de manifestants dans les rues, scandant le nom de Ben Laden. Le monde a encore en mémoire la violence de leurs mots, la violence et leur haine.

Aujourd’hui aussi, le fanatisme s’exprime de la manière la plus radicale tout en refusant aux autres ce droit d’expression. Un danger de manipulation guette les mouvements populaires que nous voyons à l’oeuvre.

Il n’y a pas de victimes légitimes ou illégitimes du terrorisme. Pas de nationalité ni de religion qui le justifie. Un journaliste musulman ne l’est pas plus qu’un humanitaire chrétien ou qu’un soldat juif capturé sur le sol de son pays. Il s’agit d’hommes et de femmes devenus les otages d’une cause qui utilise des moyens insensés et inhumains pour se faire un chemin en direction des médias à des fins politiques.

La démocratie est un trésor fragile, qui doit être défendu avec détermination. Ces valeurs démocratiques sont désormais revendiquées avec vigueur et courage par les peuples de Libye, de Tunisie et d’Egypte. Ces forces de progrès qui atteignent maintenant le Maghreb, l’Irak, mais aussi le Soudan et les pays du golfe Arabo-Persique, s’affirment chaque jour davantage. Elles peuvent constituer un moteur pour des changements politiques et démocratiques majeurs dans l’ensemble du monde. Mais il faut rester prudent et patient, avant d’en mesurer les effets sur le terrain.

Il nous faut surtout rester vigilants. La lutte contre le terrorisme et l’intégrisme nous engage tous, au nom des valeurs démocratiques.

Il est de l’intérêt de tous de s’opposer à la montée en puissance de la haine à travers les forces malignes de l’extrémisme et du radicalisme. C’est une menace qui pèse autant sur l’Occident que sur les peuples qui sont en train de vivre des transitions politiques majeures. C’est une menace pour l’Irak, le Liban, les territoires palestiniens, l’Egypte, des menaces sur le droit des femmes, des enfants, sur les minorités et libertés des autres religions.

C’est pourquoi nous disons à nos partenaires palestiniens que le temps est venu de revenir à des négociations directes, pour que, de nos mains réunies, se construise l’avenir de nos enfants. Ensemble, nous devons unir nos efforts pour promouvoir les valeurs démocratiques et pour que la liberté et la tolérance s’enracinent dans ce nouveau Proche-Orient.

Par Yossi Gal, ambassadeur d’Israël en France.

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