Israël profiterait d’une reconnaissance de l’Etat palestinien

Le 22 février 2010, nous avons publié dans ces pages un article intitulé « A quand l’Etat palestinien ? ». Nous indiquions dans ce texte que l’Europe devait prendre ses responsabilités car la construction de l’Etat palestinien était un objectif partagé par tous les Européens.

Quatre ans se sont écoulés depuis cet appel. Malheureusement, la situation ne s’est pas améliorée. Les négociations de paix ont échoué et la dernière tentative de l’administration américaine, menée par le secrétaire d’Etat John Kerry, n’a pas fait avancer le règlement du conflit. La crise de Gaza durant l’été et la montée de la violence à Jérusalem, qui s’est traduite par l’abominable attentat terroriste dans une synagogue avec plus de cinq morts, nous font réagir avec plus de détermination encore pour trouver les voies de la paix, de la sécurité pour les Etats et pour sortir de cet engrenage des haines et des confrontations.

Dans un contexte de tension extrême, l’annonce de la Suède de la pleine reconnaissance de l’Etat palestinien et la décision de certains Parlements européens d’exhorter leur gouvernement à cette démarche, en passant par les déclarations de la haute- représentante de l’Union européenne ; ces événements représentent des positions et des décisions encourageantes en faveur d’une décision qui aurait dû être acquise depuis longtemps.

Le Parlement espagnol a voté à l’unanimité pour un texte reconnaissant l’existence d’un Etat palestinien. Tout indique que le Parlement français votera une résolution en faveur de cette reconnaissance qui est nécessaire. Elle marquera une étape majeure même si tous les problèmes, notamment celui des réfugiés, ne seront pas résolus comme par magie.

L’opinion publique européenne devra se rappeler que, en mai 1999, l’Europe avait adopté la « déclaration de Berlin » au moyen de laquelle elle s’est engagée à reconnaître l’Etat palestinien « le moment venu ». Il nous semble que ce « moment » soit venu et que cette décision politique de transcendance pourrait s’adopter prochainement.

Pourquoi ce moment est-il venu et pourquoi tous les acteurs impliqués dans le processus doivent-ils accueillir et défendre cette décision de façon favorable ? Parce que la guerre menace d’embraser toute la région. Il faut contrecarrer les arguments contraires et défensifs entravant cette reconnaissance. Principalement, Israël, soutenu par les Etats-Unis et par quelques pays européens, répète avec fermeté, quoique sans raison, que la reconnaissance de l’Etat palestinien constitue une action unilatérale qui contrevient à l’esprit et à la lettre des négociations de paix. Pour ces interlocuteurs, l’Etat palestinien pourrait seulement être créé et reconnu comme résultat final de la négociation.

Ce raisonnement est inexact tant sur le fond que sur la forme. Toutes les parties, y compris Israël, les Etats-Unis, l’Union européenne et le Conseil de sécurité, ont plaidé pour la solution de « deux Etats ». La décision inattendue et courageuse, le 14 mai 1948, du premier ministre israélien Ben Gourion établissant l’Etat d’Israël et demandant sa reconnaissance internationale n’a-t-elle pas été unilatérale ? Pourquoi considère-t-on que cette décision n’a pas été unilatérale et, par contre, que la reconnaissance de l’Etat palestinien le serait ? Pourquoi ne pas voter et légitimer les aspirations de tout un peuple en lui accordant ses droits d’« étatalité » avec les devoirs et les obligations respectifs qui en découlent ? Nous pensons que la déclaration de l’Etat palestinien contribuera à résoudre les négociations en suspens. Les milliers de documents, de résolutions et de déclarations accumulés dans les archives des Nations unies et dans toutes les chancelleries du monde ne sont-ils pas suffisants pour résoudre définitivement la question palestinienne ?

Ceux qui s’opposent à la reconnaissance invoquent la division entre la Cisjordanie et Gaza et prétendent que cette séparation ne peut garantir la cohésion et l’unité palestiniennes. Tous les sondages soulignent pourtant l’accord majoritaire des Israéliens pour cette solution. Et ne perçoit-on pas comment le président Mahmoud Abbas met tout en œuvre pour unifier et contrôler les forces et les mouvements palestiniens ? Pourquoi ne pas l’aider dans cette tâche historique ?

Certains affirment que sans une définition claire des frontières, un Etat ne peut être reconnu. L’Etat d’Israël a-t-il une délimitation claire de ses frontières ? Est-ce que cette indéfinition sur son territoire l’a empêché d’obtenir la reconnaissance internationale ? Il est vrai que les Palestiniens veulent obtenir des garanties concernant quelles seront les frontières définitives.

Il est également vrai qu’Israël tirerait profit de la reconnaissance de la Palestine et de l’établissement définitif de ses frontières. Celle-ci peut représenter un instrument diplomatique essentiel pour débloquer cette impasse que les « printemps arabes » et les guerres actuelles en Syrie et en Irak compliquent dramatiquement.

Il faut offrir à Israël un « processus de double reconnaissance ». L’Europe, les Etats-Unis et Israël doivent reconnaître l’Etat palestinien et le monde arabe et islamique doit – en son entier – reconnaître l’Etat d’Israël. Cette « double reconnaissance » pourrait réunir les parties autour de la table de négociation. Ainsi ferait-on revivre l’Initiative de paix arabe et une négociation sérieuse pourrait s’organiser pendant les prochains mois.

Miguel Angel Moratinos, Ancien ministre des affaires étrangères et de la coopération de l’Espagne. Bernard Kouchner, ancien ministre des affaires étrangères et européennes de la France)

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