Je souhaite que la Turquie se rapproche de l’Europe

Je me souviens encore précisément, il y a un an, du moment où, aux premières heures de la matinée, les informations en provenance de Turquie nous sont parvenues tandis que nous assistions à un sommet Europe-Asie à Oulan-Bator, en Mongolie. Les images du Parlement assailli et de civils blessés sont gravées dans ma mémoire. Au cours de la nuit, avant même que ne se dessine clairement l’issue de cette tentative de renversement, j’ai condamné, avec M. Tusk, président du Conseil européen, et Mme Mogherini, haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les affaires étrangères, au nom de l’ensemble de l’Union européenne, cette atteinte portée aux institutions démocratiques de la Turquie. Nous étions et nous sommes aux côtés de la Turquie, à plus forte raison en temps de crise.

L’Union européenne tient particulièrement à avoir pour voisin un Etat démocratique, stable et prospère. Toute notre action est centrée sur le peuple turc. Je souhaite que la Turquie continue à se rapprocher de l’Europe au lieu de s’en éloigner. C’est la raison pour laquelle nous avons tout mis en œuvre pour poser les jalons d’une union douanière approfondie et d’une libéralisation du régime des visas, si tel est le souhait de la Turquie.

A cet égard, un point est clair : tout Etat souhaitant adhérer à l’Union européenne souscrit à une union de valeurs. Il n’est, par exemple, nullement compatible avec une telle union des droits de l’homme, de la liberté de la presse et de l’Etat de droit que des journalistes comme Deniz Yücel, correspondant du quotidien Die Welt, soient détenus en cellule d’isolement pendant des mois sans autre forme de procès. Si la Turquie devait rétablir la peine de mort, le gouvernement turc claquerait définitivement la porte à une adhésion à l’Union européenne.

Sur ces questions et sur d’autres, j’ai avec le président Erdogan des échanges ouverts et, parfois, tumultueux. Lors de notre dernier entretien en mai, j’ai eu l’impression qu’il cherchait à se rapprocher de l’Europe au lieu de s’en détourner. Nous avons ainsi convenu d’approfondir progressivement la coopération dans des domaines comme la politique énergétique ainsi que la politique de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Ensemble, nous pouvons accomplir davantage qu’en œuvrant chacun de son côté. Nous en avons clairement fait la démonstration sur la question des réfugiés avec la conclusion de l’accord UE-Turquie. En effet, depuis l’entrée en vigueur de cet accord, les arrivées en Grèce de réfugiés provenant de la Turquie ont reculé de 97 %. Parallèlement, nous avons, depuis avril 2016, transféré méthodiquement plus de 7 600 réfugiés syriens de la Turquie vers l’Union européenne tout en portant assistance aux réfugiés en Turquie grâce à des projets dotés d’un budget, à ce jour, de 1,6 milliard d’euros.

Nous avons, dans une feuille de route pragmatique, défini pour les douze mois à venir les modalités de notre coopération dans tous ces domaines. Je suis convaincu que des avancées modestes nous permettront de réaliser de grandes choses. Un an après la tentative de putsch, la main de l’Europe reste tendue. L’Europe joue donc cartes sur table. J’attends à présent que la Turquie prenne elle aussi position en arborant les couleurs de l’Europe et qu’elle embrasse résolument les valeurs fondamentales qui sont les siennes.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne.

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