La fin de l’épidémie de VIH est en ligne de mire, mais pas tout à fait à notre portée

Nous formons un trio improbable : un artiste, un économiste et un juriste. Vendredi 21 juin, nous allons rencontrer le président Emmanuel Macron, qui remettra les insignes de la Légion d’honneur à l’un d’entre nous, Sir Elton John. Pourtant, si notre association est peu commune, il s’agit bien du type de partenariat dont la communauté internationale a besoin pour en finir avec la pire épidémie de notre temps : le sida.

Le monde d’aujourd’hui ne ressemble en rien à celui qu’il était aux heures les plus sombres de l’épidémie, dans les années 1990. La Fondation Elton John contre le sida, la plus ancienne des trois organisations que nous représentons, a été créée en 1993 alors qu’il n’existait aucun traitement, aucun espoir. La mort frappait le plus souvent quelques années après le diagnostic. Nous ne pouvions, au mieux, qu’aider les personnes touchées à se sentir moins seules, à souffrir un peu moins, et leur rendre un minimum de dignité.

Cependant, le rejet social était tel à cette époque que le personnel de la fondation devait poser les repas sur le seuil de la porte des personnes vivant avec le sida, parce que celles-ci avaient trop honte pour ouvrir.

De nos jours, le sida n’est plus synonyme de condamnation à mort et le VIH n’est plus un fardeau cruel qui vous écrase dès la naissance.

Financer, innover, mettre en œuvre

L’accès aux traitements essentiels contre le virus a été l’un des principaux moteurs de ce progrès. Ces médicaments, dont le coût exorbitant pouvait atteindre 10 000 dollars par an, ont vu leur prix chuter à 72 dollars (64 euros) par an grâce aux nouvelles molécules conçues avec l’appui d’Unitaid et à la baisse de prix significative négociée par l’intermédiaire du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Ce sont désormais près de 22 millions de personnes qui en bénéficient et qui peuvent ainsi vivre longtemps et en bonne santé.

Le recours novateur au traitement des femmes enceintes, qui protège la mère et prévient la transmission du VIH à l’enfant, a été un autre élément déterminant. En 2000, moins de 1 % des femmes enceintes d’Afrique orientale et australe bénéficiaient d’un tel traitement ; elles sont aujourd’hui plus de 93 % à voir leurs enfants naître sans être porteurs du VIH.

La fin de l’épidémie de VIH est en ligne de mire, mais pas encore tout à fait à notre portée.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Grâce aux efforts incessants d’innovation et au partenariat entre des pays comme la France et des organisations telles qu’Unitaid, le Fonds mondial et la Fondation Elton John contre le sida. La France est le deuxième donateur du Fonds mondial et le premier d’Unitaid. Cette dernière investit dans l’innovation pour donner naissance à une nouvelle génération de médicaments et de diagnostics abordables, tandis que le Fonds mondial donne de l’ampleur à ces outils – une ampleur considérable, puisqu’il touche plus de 140 pays dans le monde. Enfin, la Fondation Elton John contre le sida applique ces innovations par le biais de programmes mis en place au niveau local pour traiter et soutenir des millions de personnes. C’est un cercle vertueux : financer, innover, mettre à l’échelle, mettre en œuvre. Et recommencer.

Cependant, nous continuons de nous battre, parce que des gens meurent encore de maladies liées au sida. Même si, globalement, le taux d’infection par le VIH recule et que l’accès aux antirétroviraux continue de progresser, les taux de nouvelles infections et de mortalité ne baissent pas assez rapidement. Il semblerait que la diminution du nombre de décès imputables au sida stagne depuis trois ans, certaines régions de la planète enregistrant même une hausse pour la première fois depuis des décennies.

Un million de personnes ayant une infection aiguë au VIH meurent chaque année de maladies comme la tuberculose, la cryptococcose méningée ou d’infections bactériennes sévères. Les traitements et les tests de diagnostic qui permettent d’identifier ces pathologies existent déjà et tous ces décès peuvent être évités pour autant que l’on puisse fournir les bons médicaments aux personnes qui en ont besoin, à un prix qu’elles peuvent par ailleurs se permettre de payer.

Un soutien mondial

C’est là notre nouveau champ de bataille, le nouveau défi qu’il nous faut relever.
La France a donné un formidable exemple en soutenant la riposte mondiale contre le VIH. Elle compte parmi les membres fondateurs de deux de nos organisations – le Fonds mondial et Unitaid – et a ouvert la voie en matière de recherche, de financement et de plaidoyer contre le VIH.

Ce week-end, plus de 200 000 militantes et militants assisteront au festival Solidays organisé tous les ans pour récolter de l’argent et sensibiliser à la lutte contre le VIH. Par ailleurs, le président Emmanuel Macron s’investit personnellement en organisant la conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial à Lyon, en octobre. L’objectif sera de récolter au moins 14 milliards de dollars qui permettront d’intensifier la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme au cours des trois prochaines années.

Si nous y parvenons, nous pourrons réduire de moitié le nombre de décès imputables au sida et de 61 % les nouvelles infections par le VIH, tout en fournissant un traitement contre le virus à 27 millions de personnes.

La liste des problèmes à régler est longue pour la prochaine génération : combattre l’injustice, promouvoir l’égalité et protéger la planète. Mais nous lui promettons une chose : d’ici à 2030, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour en finir avec cette épidémie.
Nous croyons que nous pouvons réussir grâce à un soutien mondial, à des solutions innovantes et, peut-être, à d’autres partenariats improbables comme le nôtre.

L’heure est venue de tenir notre promesse. L’heure est venue d’accélérer le mouvement pour en finir avec le sida.

Sir Elton John, artiste, a créé la Fondation Elton John contre le sida ; Peter Sands est le directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ; Lelio Marmora est le directeur exécutif d’Unitaid.

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