La flamme du Kurdistan ne s’éteindra pas

C’est avec une joie remplie d’amertume que je viens ce soir montrer le courage, la vaillance et l’abnégation de ces combattantes et combattants qui faisaient l’admiration du monde et qui, il y a un an, ouvrirent les portes de Mossoul aux forces irakiennes avec lesquelles ils combattaient, alors, au coude à coude.

Ce grand petit peuple a défendu, contre Daech, sa liberté et la nôtre – mais, à l’heure de la victoire, au terme d’un siècle de luttes et de souffrances, a eu l’audace de se rêver souverain et qui a payé ce rêve au prix le plus fort : blocus ; attaque et dépeçage de son territoire ; humiliation sans précédent de ses dirigeants dont les représentants, soit dit en passant, ont été empêchés de se trouver, ce soir, comme ils l’auraient souhaité, parmi nous ; image stupéfiante des armes lourdes que leur allié de toujours, les Etats-Unis d’Amérique, avait fournies à l’Irak dans le cadre de la lutte commune contre Daech et que l’Irak retournait soudain contre eux ; et, face à ce spectacle désolant, l’abandon, pardon de le dire, ici même, par la communauté des nations.

Oui, notre reconnaissance a manqué au peuple kurde. Oui, la juste protection contre l’agression lui a été refusée. Et, quand les derniers pays amis, comme la France, tentaient de rappeler les droits historiques du Kurdistan, les apôtres de la loi du plus fort et de l’éternelle raison d’Etat, les hommes forts de la région, ceux pour qui les hommes sont faits pour obéir, les peuples pour se soumettre et les frontières pour être tracées dans le vif de la chair de l’humanité, ont eu, hélas, le dernier mot.

Je suis revenu au Kurdistan, après le tournage de ce film, ce fameux 25 septembre où s’est tenu le référendum. Je suis retourné jusqu’à l’ancienne ligne de front, sur les hauteurs de Bachiqa dominant la plaine de Ninive, où j’ai retrouvé le bataillon de peshmergas dont j’avais, à l’époque, accompagné et documenté les offensives.

Les hommes, et les femmes, finissaient de voter, là même où ils avaient combattu et vaincu – et, à la clôture du scrutin, fusils posés au pied, ils levèrent tous la main vers le ciel, leur index taché d’encre pour preuve qu’ils avaient fait leur devoir de citoyen.

Ils avaient troqué, mesdames et messieurs les ambassadeurs, les armes de la guerre pour celles de la démocratie. Mais nous n’avons pas pris la mesure de leur geste magnifique. Nous avons rejeté ce partage de valeurs et d’espérance qu’ils étaient en train de nous offrir. Et, comme souvent dans notre histoire commune, nous leur avons honteusement tourné le dos.

L’avenir, mesdames messieurs les ambassadeurs, chers amis, dure longtemps. On n’arrête pas la longue marche de l’histoire et la volonté d’émancipation qui, plus forte que tout, ne meurt jamais.

La flamme du Kurdistan, que vous allez voir brûler dans ces images, ne s’éteindra pas et, un jour, renversera les montagnes du Kurdistan jusqu’au Tigre.

Par Bernard-Henri Lévy, philosophe, cinéaste.

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