La France doit envoyer des renforts en Afghanistan

La conférence internationale sur l’Afghanistan qui se tiendra à Londres le 28 janvier va marquer pour la France, comme pour l’Allemagne, l’heure du choix quant à un éventuel envoi de renforts militaires pour répondre à la demande du président Obama. Or, si la participation de la France à ce conflit est impopulaire, cela ne doit pas faire oublier les besoins existants sur le théâtre et les avantages que nos forces, mais également notre pays, pourraient tirer d’un envoi supplémentaire de troupes.

D’un point de vue stratégique tout d’abord, il est avéré qu’en matière de contre-insurrection un effort massif et polyvalent est nécessaire pour espérer éviter un conflit long. Cet effort permet en effet à la fois de tenir le terrain, ou au moins des points-clés identifiés pour mettre en œuvre la fameuse technique dite de la “tache d’huile”, mais aussi de maintenir un niveau de sécurité suffisant permettant de diversifier les actions hors du champ sécuritaire dans le cadre d’une action globale de reconstruction et développement. A cet égard, une augmentation des troupes se justifie pleinement, à l’image du Surge américain en Irak en 2007 qui a permis quelques mois plus tard d’établir un calendrier de retrait grâce aux progrès réalisés sur le terrain. Quelle que soit l’opinion que l’engagement militaire français en Afghanistan suscite, le renforcement de son efficacité est donc un préalable nécessaire à toute idée de désengagement, même unilatéral.

Ce renforcement contribuerait à l’accroissement de l’efficacité de l’action militaire française par l’envoi de capacités aujourd’hui réduites ou absentes comme les forces spéciales. Dans une guerre où le ciblage des dirigeants insurgés les plus durs et les plus radicaux est un objectif indispensable, leur arrestation ou leur neutralisation sont impératives lorsqu’ils sont jugés irréconciliables avec l’Etat afghan. Une telle action permet de décapiter temporairement les mouvements insurgés, créant ainsi leur désorganisation, et concourant ainsi à imposer le rythme de la coalition à l’ennemi et non l’inverse. De plus, par son aspect relativement limité, il permet de frapper fort sans pour autant s’aliéner des familles et des tribus entières. Dans cette optique, l’emploi d’unités dédiées à cette mission constituerait une arme adaptée qui pourrait être placée directement dans les mains du commandement stratégique voire du commandement tactique en fonction du niveau du dirigeant concerné.

Dans une perspective plus innovante enfin, une forme de service militaire adapté au profit des jeunes Afghans pourrait être développée afin de porter le combat dans le champ économique et humain et de tarir une source sociale de soutien à l’insurrection. La mise en œuvre d’un tel dispositif dans les zones qui sont sous contrôle français apporterait une réponse originale aux défis d’une guerre de contre-insurrection en s’appuyant sur un dispositif qui a par ailleurs fait ses preuves. De même, une meilleure intégration de la gendarmerie au-delà de sa participation à la formation de la police afghane est envisageable. Elle permettrait de profiter plus largement de son expertise de police judiciaire et d’investigation scientifique dans la lutte contre le terrorisme, mais aussi de son savoir-faire en matière de maintien de l’ordre public et de surveillance générale des territoires pour contribuer à la maîtrise de l’environnement et au quadrillage du terrain.

Il apparaît aujourd’hui évident que, pour construire la stabilité en Afghanistan, la tâche est bien plus complexe que la simple destruction des insurgés. Dans ce travail de longue haleine, les militaires français doivent donc dès à présent se positionner comme de véritables acteurs du développement afghan. Toute politique de désengagement sera subordonnée aux résultats obtenus dans ce domaine. Or, à ce jour, le dispositif français ne dispose pas de toutes les capacités permettant d’atteindre ce résultat. C’est pourquoi la France doit envoyer des renforts militaires en Afghanistan.

Hugues Esquerre, chef de bataillon.