La France ne doit pas rester désarmée face au terrorisme

Le terrorisme touche l’opinion au cœur. Toute réponse humaine au terrorisme doit reposer sur l’empathie avec les victimes. Les Américains ont été émus de voir les Français rassemblés, brandissant des pancartes avec le slogan « Je suis Charlie ». Mais pour un Américain, ce slogan est dangereux. On ne se contente pas de répondre au terrorisme par la seule empathie. C’est aussi une question de puissance.

Les Etats-Unis peuvent se targuer d’un bilan extraordinairement positif dans leur lutte contre le terrorisme intérieur au cours des vingt-cinq dernières années. Certains aspects de leur stratégie pourraient être appliqués à la France. En raison des mésaventures militaires en Irak et en Afghanistan, consécutifs aux attentats du 11 septembre 2001, on a pu penser à l’étranger que l’administration Bush avait échoué – mais le fait que Bush soit parvenu à protéger son pays contre une nouvelle attaque lui a assuré à la fois sa popularité et sa réélection. Les républicains qui, par crainte de s’aliéner leurs sympathisants détenteurs d’armes, renâclaient à mieux encadrer la vente d’explosifs furent traités par les partisans de Clinton comme des droits-de-l’hommistes pointilleux !

La France n’a aucunement besoin de se diviser sur la question de savoir si elle est « en guerre » contre le terrorisme. Mais elle doit affronter son problème actuel qui est que désormais, la liberté d’expression est quelque chose que les citoyens doivent être disposés à payer de leur vie. S’ils veulent réduire ce risque le plus possible, ils doivent se regrouper au sein d’une collectivité légitime, dont les lois sont capables de les protéger.

Or cette collectivité n’est pas Charlie Hebdo. C’est la France. Ce que devraient clamer les manifestants, ce n’est pas « Nous sommes Charlie », mais « Nous sommes la France ». Les Français restent exposés aux terroristes. Ils ont besoin d’une méthode pour s’en faire craindre. Mais aucun outil ne s’impose de manière évidente. La position de la France au sein de l’Union européenne fait qu’elle n’est pas un pays totalement souverain. Elle doit rendre des comptes sur sa politique d’autodéfense.

La première réaction de François Hollande à cet attentat a été d’appeler le pays à « faire bloc » et à s’unir. Bien ! Mais à s’unir autour de quoi ? Jean-Christophe Cambadélis déclare que les citoyens doivent « faire bloc autour des valeurs de la République ». Par ce genre de propos, Hollande et Cambadélis tombent dans le même piège où était tombé George W. Bush en parlant de « guerre contre le terrorisme ».

Liberté d’expression

Ils risquent d’élaborer une stratégie autour d’une abstraction, et non d’ennemis réels, de vrais djihadistes armés de véritables armes automatiques et s’entraînant dans de vraies zones de guerre en Syrie. « Nous sommes menacés parce que nous sommes un pays de la liberté », dit le président. Cela n’est vrai qu’en partie. Malgré tous les discours sur la liberté d’expression, la France lui accorde probablement moins de valeur que d’autres grands pays européens. Comment la France pourrait-elle élaborer une politique intelligente à l’égard de ses banlieues musulmanes quand les intellectuels qui tentent d’aborder franchement la question dans certains moments critiques sont menacés de poursuites judiciaires, comme l’ont été Alain Finkielkraut et Hélène Carrère d’Encausse pendant les émeutes de 2005 ?

Comment trouver un vocabulaire adapté à cette époque de conflits quand des artistes sont traînés devant les tribunaux pour des procès en diffamation – comme Bob Dylan l’année dernière, Michel Houellebecq fréquemment, et les dessinateurs de Charlie Hebdo en permanence ? Abroger ces lois et limer les griffes de ces institutions honorerait les morts et renforcerait la capacité de la France à agir contre les terroristes. Ceci n’est pas une invitation à la haine. Au contraire. La France va devoir livrer bataille contre le terrorisme, et elle devra la livrer sans la ressource de nombreuses armes traditionnelles. Aussi les Français doivent-ils avoir la liberté de déployer l’arme la plus formidable qu’ils possèdent : leur raison.

Christopher Caldwell, journaliste à l’hebdomadaire néoconservateur Weekly Standard, auteur d’Une Révolution sous nos yeux : Comment l’islam va transformer la France (Toucan, 2011). Traduit de l’anglais par Gilles Berton.

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