La libéralisation des rapports commerciaux n’est pas la priorité de l’Union européenne

Le 15 avril 2013, l’Islande a conclu un accord commercial avec la République populaire de Chine, ce qui en fait l’une des très rares nations européennes ayant conclu un accord commercial avec la superpuissance asiatique.

Petite île éloignée du continent et située dans l’océan Atlantique Nord, dotée d’une population de 300 000 habitants et d’une superficie d’environ 100 000 kilomètres carrés, l’Islande est l’un des pays les plus compétitifs du monde, grâce à ses exportations de produits de la mer et d’aluminium raffiné et de coûts d’énergie très faibles. En effet, l’île produit presque toute son énergie grâce à la géothermie et l’hydroélectricité, ce qui la rend largement indépendante des importations de carburant.

En dépit de la signature avec l’Union européenne (UE) d’accords qui lui accordent les mêmes droits et lui imposent les mêmes obligations qu’un Etat membre (avec une exemption sur la politique commune de la pêche), l’Islande n’est pas membre de l’UE et se situe hors du marché commun en ce qui concerne la conclusion des accords de commerce.

Une énorme structure politique

Après que le pays a été durement touché par la crise financière de 2008, le gouvernement s’est engagé à diversifier l’économie locale en regardant au-delà du continent européen en matière de commerce. D’où l’accord signé avec Pékin.

La relation commerciale entre les deux pays est principalement liée à la pêche : l’Islande exporte du poisson vers la Chine, et importe des navires de ce pays. Mais la fonte des glaces de l’Arctique offre des possibilités d’exploiter de nouvelles ressources telles que le pétrole, le gaz, le fer et l’or. Cela explique sans doute l’intérêt des Chinois pour cette île éloignée du continent européen, mais qui peut s’ériger en plate-forme d’exportation des ressources naturelles de l’Arctique.

Bien qu’étant considérablement moins important que les autres pays du continent européen, un Etat comme l’Islande peut établir des accords commerciaux avec la Chine car, contrairement à ces derniers, il n’est pas lié à une énorme structure politique qui rend de tels accords si difficiles à conclure.

Barrage aux négociations

Les relations commerciales entre l’UE et la Chine n’ont pas été bloquées du fait des Chinois, mais de l’UE. Pékin a déjà demandé à signer des accords de libre-échange avec l’Union, mais les régulations sociales et environnementales ont fait barrage à la réussite des négociations.

Or, pendant que l’UE bloquait les négociations en invoquant des règlements antidumping concernant les panneaux solaires, la Chine a utilisé les divergences d’intérêts entre les fabricants européens de panneaux solaires et entre les Etats membres de l’UE pour les retourner les uns contre les autres. Il en a résulté l’octroi à Pékin de prix minimum, en lieu et place de tarifs antidumping !

Etant donné que les traités commerciaux de l’UE doivent être approuvés à l’unanimité, des années de négociations sont ainsi parties en fumée ! Il s’avère que les Chinois n’ont pas été très impressionnés par la hiérarchie de la répartition des compétences au sein de l’UE en matière de négociations commerciales. Alors que la Commission de Bruxelles est censée représenter la totalité des Etats membres, les Chinois se rapprochent de certains partenaires individuellement.

Par exemple, la Chine a tissé une relation particulière avec la ­République tchèque, devenant son deuxième partenaire commercial. L’incapacité de l’UE de conclure des accords commerciaux de grande ampleur a une nouvelle fois été démontrée lors des négociations de l’Accord économique et commercial global avec le Canada (AECG, ou CETA pour son acronyme anglais). Des mois de discussions apeurées sur les dangers des produits alimentaires américains ont entraîné des milliers de pétitions et de manifestations contre le traité.

Des années de négociations réduites en fumée

En fin de compte, tous les Parlements des Etats membres ont approuvé l’accord, à l’exception du Parlement de Wallonie. Etant donné que les traités commerciaux de l’UE doivent être approuvés à l’unanimité, des années de négociations ont à nouveau été réduites en fumée, même si certains points de l’accord entreront en vigueur à partir du 21 septembre.

Les producteurs de climatiseurs polonais n’étaient pas amusés lorsqu’ils ont découvert qu’ils continueront à payer des droits de douane très élevés parce que les producteurs laitiers en Belgique tiennent à leur accord commercial interne à l’UE. Lorsque les pays d’Europe centrale et orientale se sont joints à l’Union en 2004, ils y étaient incités par les gros investissements promis par l’UE pour construire des infrastructures. Quinze ans plus tard, ces pays ont des économies viables et profitent de l’attractivité relative de leurs bas salaires pour s’assurer une forte croissance, un quasi plein-emploi et des salaires en hausse.

Dans les décennies à venir, cette hausse limitera la compétitivité de ces pays qui devront donc intensifier leurs exportations. Pourtant, la libéralisation des rapports commerciaux, qui offrirait plus d’opportunités aux économies des pays membres et plus de choix aux consommateurs européens, ne semble pas être la priorité de l’Union européenne.

L’incapacité des Etats membres à coordonner les accords commerciaux avec des pays tiers sera l’un des plus grands défis posés à l’UE. Bientôt, les commerçants slovaques, tchèques ou polonais se demanderont : pourquoi les bureaucrates de Bruxelles peuvent-ils décider des prix de mes exportations ? Ce sera l’un des arguments les plus importants contre l’UE dans les années à venir.

Par Bill Wirtz, Coordonnateur pour le Luxembourg du think-tank libéral Students for Liberty.

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