La liberté de création ne devrait jamais reposer sur la maltraitance animale

Le 1er décembre, plusieurs mesures de la loi [de 2021] contre la maltraitance animale entreront en application. C’est le cas de l’interdiction de l’exploitation des animaux sauvages pour les émissions et les jeux télé ainsi que l’interdiction des spectacles d’ours et de loups. Il s’agit d’une avancée importante pour la cause animale en France.

Cependant, nous sommes inquiets d’un effet pervers bien réel : certains montreurs d’ours et circassiens, propriétaires de nombreux animaux sauvages captifs, se tournent déjà vers la création artistique (cinéma, publicité, clips musicaux et shootings photos).

Nous avons collectivement ouvert les yeux sur ce que subissent les animaux dans les spectacles. La loi adoptée est une première étape, mais elle ne va pas assez loin. N’oublions pas les nombreux animaux sauvages captifs, contraints de jouer les « acteurs ». Contrairement à nous, artistes et comédiens, ils ne choisissent pas de se donner en spectacle.

Cruauté du dressage

Les raisons qui justifient la nouvelle loi (la cruauté de la captivité, du dressage et du transport) sont les mêmes qui devraient justifier l’interdiction des animaux sauvages pour la création artistique. Que ce soit pour les cirques, les émissions TV, les clips vidéo ou tout autre type de création artistique, les animaux sont privés de leur liberté. Il est impossible de répondre à leurs besoins fondamentaux – dont celui de nouer des relations sociales ou de faire de l’activité physique – lorsqu’ils sont exploités pour le divertissement.

A cela s’ajoute la cruauté du dressage. Pour réaliser une scène choisie par un scénariste, les animaux nouveau-nés sont typiquement séparés de la mère afin de les « imprégner ». Il est bien connu que les dresseurs font souvent usage de violence et de méthodes de dressage cruelles (comme les privations ou les menaces) afin que les animaux sauvages s’exécutent sur demande. Ils sont parfois contraints de répéter à de nombreuses reprises les mêmes mouvements afin que la meilleure prise puisse être sélectionnée lors du montage.

Les associations Pour une éthique dans le traitement des animaux (PETA) et Paris Animaux Zoopolis (PAZ) ont dévoilé les coulisses de l’utilisation d’animaux pour le cinéma et la publicité : affamement, coups, conditions déplorables, maltraitances et décès prématurés. Certains animaux sont détenus dans des cages ou enclos sans aucun aménagement, peuvent être privés de nourriture et de soins adéquats, menacés et battus, et parfois même tués. Ce type de mauvais traitements semble être monnaie courante dans une industrie qui utilise des êtres sensibles comme des accessoires de cinéma.

En 2012, PETA a révélé que vingt-sept animaux sont morts sur le tournage du Hobbit. Un voyage inattendu [de Peter Jackson, 2012], selon le témoignage de cinq lanceurs d’alerte. Et, en 2015, PETA avait révélé des images de dressage d’un tigre de Sibérie : l’animal avait reçu une vingtaine de coups de fouet, dont certains à la tête, par son dresseur. Ce dernier a fourni des animaux pour le tournage de très grands films comme L’Odyssée de Pi [d’Ang Lee, 2012].

Coup de poing violent à un aigle

Récemment, nous avons été choqués de voir dans une vidéo un dresseur français pour le cinéma donner un coup de poing violent à un aigle. PAZ a récemment déposé une nouvelle plainte contre ce dresseur, basée sur quinze témoignages rapportant des actes de cruauté inouïe (des animaux tabassés, qui meurent de faim ou sont tués lorsqu’ils deviennent inutiles). Enfin, les animaux doivent subir les transports récurrents, certains de plusieurs centaines de kilomètres, source de stress et qui les met à risque de maladies et de blessures.

De La Planète des singes [à partir de 2001] en passant par Le Roi Lion [2019], ou encore Noé [2014], les alternatives existent et sont époustouflantes : des effets spéciaux à la 3D et aux animations, et des images de synthèse à l’animatronique [des animaux robotiques].

Cette violence sur les animaux doit cesser. La liberté de création ne devrait jamais se baser sur la maltraitance animale. Nous sommes d’horizons différents, certains d’entre nous ont « travaillé » par le passé avec des animaux sur des tournages, ignorant la souffrance causée, mais quand on sait ce que nous savons maintenant des besoins complexes des animaux sauvages, personne ne peut considérer qu’un plateau de tournage est un lieu approprié pour eux.

Aujourd’hui, nous, artistes, partageons cette même conviction : parce que les ours, les loups, les tigres, les chouettes, les singes, les aigles et autres n’ont pas choisi de jouer la comédie, la loi doit évoluer et bannir l’exploitation des animaux sauvages pour la création artistique.

Liste des signataires : Marie Amiguet, réalisatrice documentariste ; Anne Combaz, photographe de mode ; Arielle Dombasle, comédienne ; David Hallyday, chanteur ; Marie-Sophie L, comédienne ; Raphaël Mezrahi, comédien ; Vincent Munier, photographe, réalisateur.

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