La longue marche du World Economic Forum

Il aura fallu 47 ans d’audace et de persévérance au Professeur Klaus Schwab, Fondateur et Président du World Economic Forum pour concrétiser la participation d’un Président de la République populaire de Chine au Forum économique de Davos.

En effet, ce mardi 17 janvier 2017, Xi Jinping, Secrétaire général et Président de la Commission militaire centrale du Parti communiste chinois, ouvrira en compagnie de la Présidente de la Confédération suisse, Doris Leuthard, le 47e Forum économique de Davos.

Isolement brisé

Par coïncidence, c’est aussi un 17 janvier 1950, quelques mois après la fondation de la République populaire de Chine par Mao Zedong, le 1er octobre 1949, que la Confédération suisse fut l’un des premiers pays occidentaux à reconnaître la nouvelle nation chinoise. Des relations diplomatiques furent établies dès le 14 septembre 1950, avec une première légation à Pékin et, dès 1957, une ambassade. C’est aussi en 1954 que le premier ministre chinois Zhou Enlai brisa l’isolement de la Chine lors de sa participation à la Conférence de Genève sur l’Indochine qui permit à ce dernier de rencontrer des chefs d’Etat et de gouvernement européens et d’effectuer, à cette occasion, une première visite officielle à Berne.

Klaus Schwab et la Chine, c’est une histoire presque aussi vieille que le World Economic Forum lui-même créé en 1971. C’est en 1979, trois ans après la mort du fondateur de la République populaire de Chine, que Klaus Schwab invita au 8e Symposium de Davos Deng Xiaoping, nouveau chef suprême de la Chine. Ce dernier, nouvellement nommé dans ses fonctions, se fit représenter par une première délégation d’économistes chinois de la fameuse Académie des sciences sociales.

Longue marche

Depuis 1980, c’est une véritable longue marche que le Professeur Schwab a entreprise pour initier et renforcer les échanges entre les nouvelles autorités chinoises et le monde économique international. Conjointement, les représentants de l’économie suisse et de la Confédération entreprenaient eux aussi des démarches parallèles. En effet, c’est en 1980 que la firme suisse Schindler participa à la toute première joint-venture réalisée en Chine, imitée par la suite par des groupes tels que Nestlé, ABB, Novartis, Roche et Sulzer. C’est aussi en 1980 que furent fondées des institutions commerciales telles que la Chambre de commerce Suisse-Chine.

La consécration de l’ensemble de ces efforts s’est matérialisée en 1999 par la première visite d’Etat du Président chinois, Jiang Zemin, qui causa malheureusement quelques irritations protocolaires que le Président de la Confédération Adolf Ogi put apaiser par son voyage en Chine à l’occasion du 50e anniversaire des relations diplomatiques en septembre 2000.

Le sixième homme

C’est en 2007 que Klaus Schwab décida d’ouvrir un bureau de représentation en Chine à Pékin et de développer un sommet annuel digne de Davos en terre chinoise. Dès lors, la participation des autorités de la République populaire de Chine en Suisse et au sommet de Davos n’en fut que renforcée avec la présence du Premier ministre chinois Wen Jiabao en 2009, celle du nouveau Premier ministre Li Keqiang en 2012 et du Vice-Président Li Yuanchao en 2016.

Le Président Xi Jinping est le sixième homme qui règne sur l’empire du milieu et le premier qui est né après la révolution de 1949. Fils d’un des grands révolutionnaires, il fut nommé Secrétaire général du parti le 15 novembre 2012 pour un premier quinquennat qui sera soumis à renouvellement en octobre 2017 lors du 19e congrès national du parti à Pékin. De ce fait, Xi Jinping est assis en haut d’une pyramide constituée de 90 millions de membres du parti communiste, une organisation plus grande que la population d’Allemagne et de la Suisse confondue.

Champ libre

Le choix du Président Xi Jinping d’accepter la visite d’Etat en Suisse, suite à l’invitation du Président de la Confédération Johann Schneider-Ammann lors de sa visite officielle en avril 2016, et de se rendre à Davos en ce début d’année 2017 n’est pas un hasard. En effet, si le Président élu Donald Trump, dont l’investiture est prévue ce vendredi 20 janvier, ne revient pas sur ses déclarations concernant la révision de nombreux accords commerciaux internationaux, ce dernier laissera le champ libre à d’autres nations, dont la Chine, pour prendre un rôle prédominant dans la continuité du processus de globalisation.

Davos est dès lors une plateforme idéale pour le Président Xi Jinping, en l’absence de représentants de l’administration américaine, pour présenter sa vision du nouveau monde actuel et un programme qui profiterait du vide laissé par le possible repli protectionniste américain.

Christophe Weber était le représentant du World Economic Forum en Chine de 2008 à 2012, il est membre du comité de la Chambre de Commerce Suisse-Chine.

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