La modification de l’algorithme de Facebook n’apportera aucun bien-être supplémentaire aux utilisateurs

Depuis quelques mois, Facebook est sur la sellette. On l’accuse pêle-mêle de rendre les jeunes « addicts » à leur smartphone, de faciliter le harcèlement, de propager de fausses informations, de détruire le plaisir de vivre en attisant la comparaison sociale et en coupant de la vie réelle… Excessif ?

Le sujet n’est pas pris à la légère. Au point que son fondateur Mark Zuckerberg a annoncé que l’algorithme du réseau social avait été refondu pour améliorer le « bien-être » de la communauté. Facebook va donner moins de visibilité aux messages des marques et des médias sur le réseau et davantage aux publications des amis proches et de la famille. Afin de resserrer les liens sociaux, précise Mark Zuckerberg.

Est-ce un choix pertinent ? Nous avons mené une recherche* auprès de deux mille utilisateurs, en France et en Espagne, pour mieux comprendre leurs attentes, et en particulier savoir s’ils appréciaient le réseau surtout parce que celui-ci leur permettait de rester en contact avec leurs intimes et de recevoir ainsi du soutien émotionnel, ou bien plutôt parce qu’il leur permettait d’échanger avec de nombreuses personnes, aux profils diversifiés.

Les réponses ont été très claires. C’est en réalité l’ouverture sur l’extérieur qui apporte du bien-être. Avoir un nombre important d’« amis » sur Facebook (nos répondants en ont en moyenne 148) augmente la probabilité d’apprendre de nouvelles choses et d’être au courant des dernières actualités, ce que désirent les personnes interrogées. La focalisation sur des intimes diminue en revanche significativement l’effet positif du réseau sur le bien-être.

Comment expliquer ces résultats ? Il semble que les internautes se servent désormais de Facebook pour se mettre en valeur vis-à-vis de leurs amis de la « vraie vie » en partageant avec eux des vidéos, des musiques, des informations originales glanées sur le réseau. Une manière de nourrir la conversation et la relation. Mais lorsqu’ils veulent interagir en ligne avec leurs proches, leur envoyer des contenus personnels, les internautes préfèrent utiliser d’autres plates-formes, telle WhatsApp, d’ailleurs rachetée par Facebook en 2014.

Un réseau voué à dépérir

Dans un tel contexte, il est à parier que la modification de l’algorithme de Facebook n’apportera aucun bien-être supplémentaire aux utilisateurs, contrairement à ce que Mark Zuckerberg a annoncé. Mais cette évolution répond très certainement en revanche aux analyses de chercheurs de l’université de Princeton, qui prédisaient voici quelques mois la mort du réseau aujourd’hui le plus utilisé du monde, voué à dépérir, selon eux, parce qu’il transmettait de moins en moins d’informations personnelles et donc de données monnayables.

Les quelque deux milliards d’utilisateurs de Facebook vont rapidement se rendre compte des conséquences du changement de l’algorithme. Ce sont eux qui, à moyen terme, vont réellement trancher. Le débat reste ouvert. Mais ce qui ne fait aucunement débat, c’est le niveau de bien-être très élevé d’un groupe précis : les actionnaires du réseau social. En 2017, sur chaque dollar de chiffre d’affaires, Facebook a touché un bénéfice net de 39 cents…

Par Andreas Munzel, chercheur à Toulouse School of Management Research, CNRS-université Toulouse-Capitole.

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