La Russie sort vainqueur du plan de paix signé à Minsk

Dans le château de marbre de Minsk, sous l’œil patelin d’un infréquentable tyran de la planète, notre équipe d’Europe, Merkel-Hollande, sortit de la nuit de négociation harassée et soulagée : une déclaration laborieuse réanimait les espoirs de paix. Performance physique et retour d’affection : Merkel et Hollande ont semblé en harmonie. L’UE y a beaucoup gagné et les deux dirigeants repartis pour une liaison que l’on espère durable.

Mais au final, sur la photo, le sourire malin de Vladimir Poutine et la satisfaction de son complice biélorusse réveillent nos méfiances. M. Poutine sort-il vainqueur ? Je le crois. Fallait-il éviter à tout prix l’escalade orchestrée d’une guerre impossible face à l’armée russe ? Je le pense. Tiendra-t-il ses promesses de retrait des armes lourdes ? Ce serait une belle surprise.

A lire le texte issu de cette nuit difficile on se prend à y croire. S’agit-il là d’un lâche soulagement ? J’ai connu de nombreux textes qui commencent par la solennelle reconnaissance de l’intégrité territoriale avant que la réalité ne vienne fracasser ces serments.

Je sais qu’il faut céder aux apparences diplomatiques pour avancer vers la paix. Pour la France, la Russie postcommuniste était une amie revêche, imprévisible, auréolée de la mémoire des libérateurs de Stalingrad contre les nazis. L’Ukraine n’était pas depuis longtemps sur nos carnets de bal. Souvenirs de guerre et lecture des horreurs, nous restions méfiants. M. Poutine, formé au KGB, a toujours été un partenaire inquiétant. En quinze ans de mandats habilement renouvelés, son pouvoir trop répressif et sa position sur la guerre de Syrie, éveillaient une méfiance légitime. Quel que soit le front, il ne recule jamais. Parfois, il temporise, pour mieux rebondir.

Mais quoi ? L’Europe ne s’est jamais pourvue d’une puissance militaire autonome ; le gaz russe nous est indispensable : nous mettions nos têtes sous l’aile et refusions de voir l’évolution des menaces. Après l’annexion de la Crimée, passée par profits et pertes, nous avons décrété des sanctions économiques. Les séparatistes, aidés par les Russes, n’ont cessé d’avancer. Les bombes pleuvaient sur les populations de l’est de l’Ukraine. Les Américains hésitaient à armer Kiev. L’Histoire récente nous laisse sans mémoire.

En 2008, alors que la France présidait pour six mois l’UE, nous avions été confrontés à l’invasion de l’Ossétie du Sud, partie intégrante de la Géorgie. Avec le président Sarkozy, nous nous étions précipités sur place, à Tbilissi, à Moscou et encore en Géorgie. En plein affrontement, nous avions négocié avec le président de l’époque, Dmitri Medvedev, Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov. Ce fut une rude épreuve au terme de laquelle nous avions signé, avec le président Saakachvili, un texte de cessez-le-feu, portant le retrait des troupes russes jusqu’à la frontière entre la Russie et la Géorgie. Après bien des accrochages, les Russes ne l’ont pas respecté. Ils occupent encore l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud : fâcheux précédent.

Déclin d’un empire perdu

Pourquoi M. Poutine déclenche-t-il ces parties de bras de fer avec l’Occident ? Obsédé par le déclin d’un empire perdu, le président russe veut restaurer sa prééminence au sein d’un ordre international qu’il récuse. Entretenant un nationalisme bouillonnant de rancœurs, il dénonce la domination américaine, pourfend cette UE dont rêvait la place Maïdan à Kiev et craint une Alliance atlantique frisant ses frontières.

M. Poutine joue en maître des conflits gelés qu’il réchauffe à sa guise, étendant son emprise à l’est de l’Ukraine, affaiblissant Kiev au point de rendre impossible la résurrection de cet Etat. Quel que soit le scénario à venir, l’aide financière et l’assistance occidentale sont impératives.

Pour tenter d’en finir avec une guerre meurtrière qui risquait de s’étendre à tout le continent, François Hollande et Angela Merkel prirent leur bâton de pèlerin. Ce fut le réveil d’une Europe inerte et un retour de fierté continentale. Est-ce parfait ? Loin de là, mais il faut préférer la diplomatie aux armes et la paix à la guerre. S’il n’existe pas de vainqueur déclaré, parions sur ce compromis, sur cette ébauche de « paix négative ».

Le plus dur reste à faire : c’est à partir du 15 février 0 heure que le second compromis de Minsk doit passer au concret. Chaque étape devra être contrôlée sans complaisance. Rien n’est réglé. Le sang coule encore, les souffrances continuent. Il faut encore et toujours éviter le pire.

Bernard Kouchner , ancien ministre des affaires étrangères et européennes de la France.

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