La santé, grande oubliée de la COP21

Les chiffres sont éloquents : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit, à l’horizon 2030, des centaines de milliers de décès chaque année dans le monde liés au changement climatique, qu’il s’agisse des effets des catastrophes naturelles, de la malnutrition, ou encore de la hausse des maladies infectieuses…

Ces conséquences du réchauffement planétaire sont déjà perceptibles aujourd’hui, comme le souligne le rapport de la commission sur la santé et le changement climatique de la revue médicale britannique Lancet, publié en juin. De vagues de chaleur en inondations, de cyclones en tempêtes, les phénomènes climatiques extrêmes s’intensifient et frappent tous les continents.

Ces drames ne provoquent pas seulement des morts immédiates par milliers, mais aussi des décès différés, notamment du fait des pollutions de l’eau douce ou des contaminations par le choléra, maladie qui tue encore 120 000 personnes par an dans le monde. En Europe, les canicules de 2003 et 2015 ont provoqué des milliers de morts. Des pays comme l’Inde ou l’Australie n’ont pas été épargnés ces dernières années.

Une augmentation globale de la température pourrait aussi étendre les environnements propices au développement de maladies comme le paludisme. Aujourd’hui, près d’un tiers de l’humanité y est déjà exposé, entraînant chaque année 600 000 décès, principalement des enfants de moins de 5 ans et des femmes enceintes.

La tuberculose, un risque majeur

Alors que le moustique anophèle, vecteur du paludisme, est actuellement cantonné à des zones précises d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est, une hausse des températures moyennes élargirait sa zone de survie. Ce phénomène, conjugué à d’autres comme la mondialisation des échanges, étendrait rapidement le risque de paludisme à de nouvelles régions. Cette maladie pourrait gagner les hauteurs du Kilimandjaro ou les hauts plateaux andins, mais aussi se développer en Asie centrale ou, plus près de nous, en Turquie, au Maghreb, voire en Camargue.

Il en est de même pour le moustique tigre, qui transmet le chikungunya et la dengue. Chaque année, on recense déjà 50 millions de cas de cette dernière maladie et l’OMS estime que plus de deux milliards et demi d’êtres humains y sont exposés. Changement climatique aidant, le moustique tigre trouve désormais en Europe les conditions nécessaires à son implantation. Après avoir touché l’Espagne, le Portugal et l’Italie, il a gagné dix-huit départements français, atteint les environs de Lyon et poursuit sa progression vers le Nord. Quatre cas autochtones de dengue ont déjà été enregistrés en Provence-Alpes-Côte d’Azur et onze de chikungunya en Languedoc-Roussillon.

Le changement climatique a également de lourdes conséquences sanitaires en générant des migrations depuis les zones les plus durement frappées par le réchauffement. Les réfugiés climatiques, obligés d’abandonner leur espace de vie, risquent d’être exposés à de nouvelles affections. La tuberculose représente à cet égard un risque majeur ; aujourd’hui, cette maladie provoque 1,4 million de morts par an, et on sait qu’elle est une pathologie répandue parmi les migrants. Sans parler de l’impact sur la santé mentale de celles et ceux qui seront contraints d’abandonner leurs terres !

C’est inéluctable : si la température moyenne continue à augmenter et se conjugue aux mouvements de populations, le risque de transmission de maladies va s’accroître. Ces quelques faits doivent suffire à dicter une ligne claire et résolue : il faut soutenir sans délai la mobilisation de toute la communauté de la santé, engager acteurs publics et privés, à commencer par les entreprises des sciences de la vie, dont la responsabilité est de contribuer aux progrès de la santé. Si nous agissons maintenant, nous pouvons encore gérer les conséquences du changement climatique sur la santé de la population mondiale.

Olivier Brandicourt (Directeur général de Sanofi)

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