Le coran ne prône pas la haine

Les musulmans de France ont montré une mobilisation spontanée et unanime face à l’« Etat islamique » (EI), après l’assassinat de notre compatriote Hervé Gourdel. Cette mobilisation a été perturbée par des sommations réclamant aux musulmans de hausser davantage la voix et de se démarquer « plus clairement » du terrorisme qui se réclame de l’islam afin de « dissiper toute ambiguïté » !

Cela s’apparente à un procès d’intention et à un doute quant à l’adhésion des musulmans de France aux principes républicains. Les musulmans n’ont pas à céder aux pressions, personne ne demande aux citoyens d’autres traditions de réagir lorsque des crimes sont commis par des individus ou des organisations se réclamant de ces mêmes traditions.

Par ailleurs, si les opposants considèrent la mobilisation des musulmans comme une forme de culpabilisation collective, c’est que cette réaction leur semble destinée à rassurer leurs concitoyens et à leur faire part de leur loyauté envers la République.

Les partisans de la mobilisation refusent cette idée. Les principaux opposants de l’EI sont d’abord les musulmans, et ils en sont les premières victimes.

Les musulmans doivent dénoncer les amalgames douteux, les arguments des adeptes de la prétendue « guerre des civilisations » tout en restant confiants dans le sens des responsabilités qui anime la majorité de nos concitoyens. L’appel des institutions religieuses et civiles de notre pays à la vigilance face à tout amalgame qui transformerait la lutte contre le terrorisme en une stigmatisation de l’islam et des musulmans, est un gage de responsabilité.

Trois principaux messages doivent être rappelés. Le premier message est un témoignage de solidarité pour la famille d’Hervé Gourdel. Le lien de fraternité républicaine qui nous unit, nous invite à cette solidarité et en fait une exigence morale et un devoir citoyen.

Le second message s’adresse aux terroristes et à leurs soutiens. Le départ de centaines de jeunes de différents pays, notamment de France, pour renforcer leurs rangs, encourage ce projet mortifère. Une faible condamnation peut être interprétée comme un consentement. Il faut donc rester mobilisés pour dissuader les candidats au prétendu djihad de l’EI.

ETEINDRE LA GUERRE

La multiplication des appels et des manifestations à travers le monde entier pour dénoncer les terroristes participe à leur isolement. Une action coordonnée de la communauté internationale pour les priver de leurs moyens économiques et militaires entamerait leur détermination.

Le troisième message est à destination de ceux qui s’interrogent sur le lien qui existerait entre l’islam et l’idéologie meurtrière des terroristes. Pour ceux-là, il est utile de rappeler que 95 % des victimes du terrorisme sont de confession musulmane et que, selon le coran, la vie humaine est une et indivisible : « Quiconque tue un être humain… tue l’humanité tout entière. Quiconque sauve un être humain sauve la vie de l’humanité tout entière ! »

Le coran dit également, en s’adressant au prophète Mahomet et à travers lui à tous les musulmans : « Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers. »

Que dire alors des textes coraniques qui font référence à la guerre et à la lutte armée ? Avant tout, il faut souligner que la guerre est considérée par le coran comme un incendie qu’il faut éteindre par tous les moyens :« Toutes les fois qu’ils allument un feu pour la guerre, Allah l’éteint. Ils s’efforcent de semer le désordre sur la terre. Allah n’aime pas les semeurs de désordre. »

Nous, Musulmans de France, devons rester fidèles à nos convictions, fidèles dans notre témoignage, droits dans nos engagements contre le terrorisme. Nous ne pourrons rester silencieux face aux souffrances infligées et aux atrocités commises au nom de l’islam, ni rester silencieux face aux menaces proférées contre notre pays par des terroristes qui prennent en otage notre religion. Que ceux qui enjoignent aux musulmans « d’en faire plus » prennent la mesure de leurs responsabilités. Par cette attitude non républicaine, ils participent à la division des citoyens français.

Mohammed Moussaoui, président de l’Union des mosquées de France, président d’honneur du Conseil français du culte musulman (CFCM)

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