Le discours d’investiture de Donald Trump a eu un ton prophétique digne de Savonarole

La dimension religieuse de l’installation de Donald Trump comme 45e président des Etats-Unis était frappante. Serment sur la Bible, prise de parole immédiatement après l’élocution présidentielle de trois représentants religieux : un Juif, un chrétien protestant et un épiscopalien. Référence à Dieu dans le discours du nouveau président et demande de bénédiction, God bless America, à la fin.

La tonalité de la prophétie

Incompréhensible pour des sensibilités laïques francophones, classique dans la longue tradition de la République américaine, antérieure à la Révolution française. Mais au-delà de l’alliance ancienne de la démocratie nord-américaine avec la croyance en Dieu, le discours de Donald Trump avait une tonalité particulière, celle de la prophétie. Le même ton de dénonciation des élites corrompues que chez les prophètes d’Israël, l’exigence d’un changement moral immédiat, l’appel à la protection des pauvres du pays. C’était aussi la tonalité du réformateur Savonarole à Florence, dénonçant la richesse, l’accaparement du pouvoir, la culture exclusive de l’oligarchie entourant les Médicis, et réclamant plus de participation du peuple dans le gouvernement de la République.

Une tradition multimillénaire

Tradition multimillénaire donc. Mais pourquoi Trump et les Républicains s’opposent-ils avec tant de virulence à la politique de santé de l’Obamacare ? Pour des raisons de coût et d’organisation sans doute, mais plus profondément encore pour une raison proprement religieuse, celle du salut individuel.

Un lien très fort entre le travail et le salut

A l’exact opposé de l’idée d’un revenu universel, la théologie luthérienne postule un lien très fort entre travail et salut. Profession et vocation se disent chez Martin Luther par un même mot : Beruf. Un partisan de Donald Trump, qui sillonne les routes du pays dans sa Trumpmobile, le disait très bien : ce qui va nous sauver, c’est le « hard work ». De manière générale, pour tous ceux qui partagent cette spiritualité, tout ce qui n’est pas acquis par le « dur travail » personnel est du vol, de la corruption, un péché contre la loi universelle de gagner sa vie à la sueur de son front, une façon illégitime d’échapper à la condamnation d’Adam, une désobéissance directe au commandement divin.

Un homme, un vrai, doit gagner sa vie

Un homme, un vrai, doit gagner sa vie, toute sa vie, même les frais de santé. Pour cela, il faut absolument conserver les places de travail dans le pays, freiner les industries qui exportent leurs usines, bloquer l’immigration étrangère qui vient prendre des places de travail dans le pays, faire la guerre aux élites oisives et corrompues, aux vendeurs de drogue, aux délinquants de toute sorte, enfin permettre aux travailleurs pauvres et méritants de monter dans l’échelle sociale par leurs propres efforts. Voilà la révolution morale proposée par Donald Trump. Et voilà également le public qui a répondu à ses appels.

Un vrai prophète conforme sa vie à la justice qu’il réclame pour les autres

Pendant la retransmission de la prestation de serment du nouveau président, les commentateurs de la télévision romande n’ont pas accordé la moindre attention aux propos des orateurs religieux qui suivaient immédiatement le discours de Trump. C’est dommage, j’aurais bien aimé entendre des théologiens dont je peux imaginer qu’ils pouvaient ne pas adhérer totalement aux propos du nouveau président des USA. Car un vrai prophète n’exige pas seulement la justice de la part des autres, il doit y conformer sa propre vie.

Jean-Blaise Fellay, théologien, membre de la Compagnie de Jésus

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