Le G20 doit innover pour sortir de la crise

Les chefs d’Etat des pays du G20, qui représentent près de 90 % du PIB mondial se réunissent à Cannes les 3 et 4 novembre pour discuter de la crise économique et des solutions pour y remédier. La crise économique que nous traversons actuellement n’est pas seulement un problème pour les marchés financiers ; c’est aussi une crise des millions de personnes qui perdent leur emploi ou même qui doivent lutter au quotidien pour accéder à l’énergie, la nourriture et l’eau nécessaires à leur survie.

La crise humanitaire qui frappe actuellement la Corne de l’Afrique nous rappelle que les populations les plus vulnérables sont aussi celles qui paient le prix fort.

Le sommet du G20 est également l’occasion de repenser en profondeur le mode de fonctionnement de nos économies stagnantes, sous perfusion d’approvisionnement en énergies fossiles polluantes et provoquant des perturbations inacceptables pour les écosystèmes et les êtres humains.

Pourtant, des solutions sont à portée de main pour répondre à la fois aux crises financière, sociale et environnementale.

En parvenant à un accord sur les taxes sur les transactions financières et en taxant les émissions de C02 provenant des secteurs maritime et aérien, le G20 a l’opportunité de dégager un potentiel d’investissements massifs dans les emplois verts et les solutions innovantes en faveur d’une économie durable.

Sur la base des encouragements des derniers rapports de la Banque mondiale, du FMI et de Bill Gates, le G20 peut aboutir à un accord global sur les émissions de gaz à effet de serre des transports maritimes et aériens, tout en générant des dizaines de milliards de dollars par an pour soutenir un développement durable et sobre en carbone. Jusqu’à aujourd’hui, les carburants utilisés par ces secteurs ont été en grande partie exemptés de toute taxation. Les émissions totales liées aux transports maritimes internationaux représentent environ 3 % des émissions mondiales, chiffre plus important que le total des émissions de l’Allemagne et environ deux fois plus que celles de l’Australie, et il est vraisemblable que ces émissions augmentent de 150 à 250 % d’ici 2050. Le secteur aérien pourrait quant à lui voir ses émissions augmenter de façon encore plus spectaculaire.

Selon le Groupe de haut niveau sur les financements pour le climat mis en place par les Nations unies plus de 18 milliards de dollars pourraient être générés par la mise en place d’une taxe sur le secteur maritime et 6 milliards sur le secteur aérien, avec un prix du carbone estimé à 25 dollars la tonne de CO2.  L’impact serait minime (concernant le secteur maritime, moins de 0,2 % d’augmentation du prix des biens transportés par bateau). Ces financements pourraient alors abonder le fonds vert pour le climat, dont la création a été décidée en décembre à Cancun. En effet les pays développés sont encore bien loin de tenir la promesse faite à Copenhague d’apporter 100 milliards de dollars par an pour l’adaptation et la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement.

La taxe sur les transactions financières représente une autre opportunité sans précédent pour répondre à la crise écologique, économique et financière. Les acteurs financiers sont eux aussi exempts de taxation dans la plupart des pays. Ils bénéficient pourtant de la mondialisation tout en engendrant des risques systémiques forts pour l’économie mondiale et la stabilité sociale et politique des pays en crise.

Une taxe sur les transactions financières rendrait le secteur financier plus responsable et lèverait les revenus nécessaires au financement des biens publics mondiaux, tels que la lutte contre le changement climatique, la réduction de la pauvreté ou encore la protection de la biodiversité.

Le président Nicolas Sarkozy et la chancelière Angela Merkel pourraient donc décider de le montrer en mettant en place une taxe sur les transactions financières sur places boursières de Paris et Francfort, sans avoir à attendre un accord mondial.

Les crises de plus en plus profondes auxquelles le monde fait face aujourd’hui requièrent des solutions audacieuses et innovantes pour s’engager vers un nouveau modèle de société, équitable et sobre en carbone. En parvenant à un accord sur les financements innovants, les dirigeants du G20 peuvent  faire preuve du leadership dont le monde a besoin, aujourd’hui plus que jamais.

Par Jim Leape, direteur général de WWF International, et Sharan Burrow, secrétaire général de ITUC.

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