Le Japon inquiet face aux ambitions chinoises

Rencontre entre le Premier ministre japonais Shinzo Abe et le secrétaire général du parti communiste chinois Xi Jinping. Danang, 11 novembre 2017. © Lan Hongguang

Le Japon a beaucoup contribué au développement économique de la Chine. Les investissements massifs et les transferts de technologie offerts à partir des années 1980 ont lancé le pays sur le chemin de la modernisation. Aujourd’hui encore, la position officielle du Japon est favorable à l’essor de son immense voisin. Le gouvernement appelle au maintien d’une relation stable et mutuellement bénéfique et encourage la Chine à jouer un rôle actif en Asie et autour du monde. Derrière cette façade, cependant, se cache une appréhension croissante. Celle-ci est bien sûr d’abord due aux questions historiques et territoriales qui causent régulièrement des tensions entre les deux voisins ainsi qu’à une certaine déception face à l’autoritarisme continu du Parti communiste chinois. Elle a cependant également des causes plus profondes.

En effet, à l’heure où le Parti, sous la direction de Xi Jinping, affirme avec confiance que l’heure est venue pour son pays de se placer au centre de la scène internationale et de guider la société des Etats vers un futur harmonieux, le Japon voit plutôt dans la trajectoire actuelle du pays des échos inquiétants de son propre passé. Course à la puissance économique et militaire, nationalisme grandissant et hostile à l’étranger, revanchisme envers ceux qui l’ont «humilié» durant le siècle qui a précédé la naissance de la Chine moderne… Autant d’éléments qui rappellent aux Japonais réfléchis la période sombre durant laquelle est né le désastreux projet de domination impériale de leur pays.

Pressions chinoises

Il ne faut bien entendu pas pousser le parallèle trop loin. La Chine d’aujourd’hui n’affiche aucune ambition territoriale au-delà des îles et territoires disputés sur sa périphérie immédiate. Au contraire, Xi Jinping se plaît à souligner que l’invasion d’autrui n’est pas dans les gènes des Chinois. Plus généralement, sa rhétorique diplomatique est coopérative et bienveillante. Elle souligne le besoin de résoudre les différends de façon pacifique et de baser les relations entre Etats sur des principes tels que l’amitié, la sincérité et les bénéfices mutuels – un message auquel nul ne saurait s’opposer.

Les actions chinoises en Asie de l’Est contredisent cependant ces belles paroles. Tout pays qui porte atteinte aux «intérêts de base» de Pékin est rapidement l’objet de sanctions diplomatiques et économiques. En mer de Chine méridionale, les vaisseaux chinois harcèlent les pêcheurs des pays voisins et occupent par la force les territoires disputés. Quant au Japon, il doit régulièrement faire face à des incursions dans l’espace maritime et aérien qu’il considère lui appartenir. L’archipel nippon, barrière physique entre la Chine et l’océan Pacifique, ressent de plus en plus la pression d’un pays déterminé à s’imposer comme grande puissance maritime.

Terrain d’entente à trouver

Il est donc difficile pour les Japonais de prendre au sérieux la rhétorique de l’amitié venant de Pékin. Pour Tokyo, la rapidité à s’offusquer de la Chine et son empressement, en cas de différend, à obtenir un avantage par la force plutôt que de laisser les diplomates faire leur travail en font un partenaire difficile, et le sentiment de menace potentielle à l’intégrité territoriale du Japon est réel. Il est donc peu surprenant que le pays soit déterminé à préserver et à renforcer son alliance avec les Etats-Unis, garantie de sa sécurité depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Aussi longtemps que cette attitude méfiante dominera dans l’archipel, le Japon restera un obstacle important aux ambitions diplomatiques de la Chine. En effet, il est difficile d’imaginer un ordre international centré sur cette dernière tant que son voisin asiatique le plus puissant sera déterminé à contrer comme il le peut ce qu’il voit plutôt comme un projet de domination par la force sur le modèle des grandes puissances des siècles passés. La Chine devra donc tôt ou tard trouver un terrain d’entente avec le Japon. Pour l’instant, elle prend plutôt la direction opposée.

Antoine Roth, doctorant à l’Université de Tokyo.

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