Le patrimoine du Yémen bombardé

Depuis le mois de mars, Riyad a mené une série d’attaques aériennes au Yémen avec l’objectif déclaré de repousser les rebelles houthistes qui ont pris le contrôle de la capitale Sanaa et d’une grande partie du pays. Si ces bombardements aériens ont peu réduit les acquis des rebelles, ils ont réussi à dévaster le Yémen. Des milliers de civils ont été tués ou blessés et 1,26 million ont été déplacés.

Les bombardements ont également durement touché le patrimoine. Mohannad Al-Sayani, directeur de l’Organisation générale des antiquités et des musées du Yémen, a confirmé que plus de 31 sites et monuments ont été endommagés ou détruits. Reconnu comme foyer historique de la reine de Saba, le Yémen, avec ses temples magnifiques, ses systèmes sophistiqués de gestion d’eau et ses villes imposantes datant de plusieurs milliers d’années, est l’un des grands centres de civilisation de l’Antiquité. Trois villes yéménites sont inscrites sur la liste des sites du Patrimoine mondial de l’Unesco pour leur architecture vernaculaire époustouflante (Sanaa, Zabid et Shibam).

Le 31 mai puis le 21 juillet, le barrage de Marib, datant du VIIIe siècle, a été bombardé par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Il ne constitue pourtant pas une cible militaire, il est situé dans une zone inhabitée, il n’a pas de valeur stratégique. Les sites majeurs sudarabiques de l’ancien Marib, de Sirwah et de Baraqish, fouillés et restaurés par des équipes allemandes, italiennes et yéménites, ont été également bombardés.

Destruction ciblée et systématique

Et si le bombardement de dizaines de mosquées historiques, de villes anciennes mais toujours vivantes et de citadelles par la coalition saoudienne n’était pas suffisant, quatre musées ont été endommagés par les pilonnages aériens, dont le musée régional de Dhamar et le musée national de Sanaa.

Ces attaques ne peuvent être qualifiées que de destruction ciblée et systématique du patrimoine yéménite. Si les médias internationaux ont largement couvert la destruction par Daech de musées et de sites archéologiques en Irak et en Syrie, le vandalisme aérien perpétré au Yémen par l’Arabie saoudite ne profite pas du même traitement. C’est pourtant la même idéologie obscurantiste que celle par laquelle Daech justifie ses destructions qui semble à l’œuvre au Yémen : l’existence même de civilisations anciennes et brillantes préislamiques et islamiques au Yémen. Il n’y a pas d’autre raison qui puisse expliquer l’offensive menée par l’Arabie saoudite.

Plusieurs sources confirment que l’Unesco et le département d’Etat américain ont donné à la coalition saoudienne une liste des sites spécifiques à éviter et leur localisation. Mais loin de condamner leur allié pour avoir ignoré ces informations, les Etats-Unis continuent à fournir un soutien logistique et de renseignement à la guerre aérienne saoudienne.

Les Etats-Unis et la France, qui vient de négocier un contrat d’armement pour des milliards d’euros avec Riyad, doivent faire cesser cette catastrophe en freinant les ambitions régionales de leurs partenaires saoudiens. Eux seuls ont la capacité d’arrêter les Saoudiens avant que leurs bombes ne dérobent au monde son précieux héritage.

Par Lamya Khalidi, archéologue, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique.

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