Le populisme tue la démocratie

Critiquer le populisme est fréquemment stigmatisé comme une attaque à la liberté de parole, une insulte au bon peuple qui a bien le droit d’«être ce qu’il est». Mais est-il vraiment indifférent de savoir de quoi est fait le débat public? Toutes les opinions se valent-elles réellement? Revendiquer éthique, respect, politesse, est-ce vraiment ringard, bobo et bisounours? Le monde va-t-il aller mieux si on est «incorrect» à dessein et exhibe fièrement ses côtés les plus bas? Peut-on tolérer les menées racistes, suprémacistes, intégristes dont l’ennemi commun est la tolérance, au nom de cette dernière?

Si le populisme est bien un révélateur d’une situation, ce qu’il mobilise est toxique pour la construction de l’opinion publique, la cohérence de la pensée, l’équilibre de nos sociétés. Car il privilégie:

• un abord réactif au détriment d’une approche analytique.

• un discours subjectif au lieu d’une déontologie de la vérification des faits.

• une approche axée sur sa propre tribu, sur une perception à très court terme, au détriment d’une vision plus large intégrant les intérêts légitimes d’autres acteurs.

• une conduite désinhibée, agressive, dénigrante, violente dans les mots puis dans les faits.

Valoriser un tel mode d’action est loin d’être innocent. Abaisser toutes les barrières peut mener loin. Se revendiquer de «faits alternatifs» est aussi absurde que le serait une mathématique où 2 + 2 feraient 5. Et cela commence par admettre à égalité l’enseignement du créationnisme et de la théorie de l’évolution. Le glissement vers un totalitarisme de la subjectivité est patent. Réfléchir avant de parler? Se documenter? Etre critique, mais pas perclus de fantasmes complotistes? En balayant toute discipline, on balaye les ressources du vivre ensemble, on fragmente le discours – puis la société.

Le populisme, puissant toxique social

Le populisme est dangereux car il légitime de ne prendre aucun recul, aucun soin à comprendre les situations ni à dialoguer. Il mise sur des ressentis de dépossession, de peur, de rétrogradation, les cultive, en tire une colère malsaine, une haine et une victimisation autosatisfaites. Tout le contraire de ce dont nous pouvons être fiers: compétence et conscience professionnelles et civiques, responsabilité personnelle, exigence d’équité, désir de progresser – et pas sur le dos d’autrui. Tout ce qui rend la vie démocratique possible!

Fonder une politique sur de telles bases ne peut que conduire, au mieux, à un leadership embrouillé et erratique sur le mode Trump. Et, dans des sociétés à moindre tradition libérale (Hongrie, Pologne voire Russie), à une pression sociale qui stigmatise toute position différente comme faiblesse et début de la trahison.

Miser sur le populisme ou pactiser avec lui, c’est aller vers la division, le conflit, l’incapacité de gérer les enjeux dépassant les dimensions du groupe tribal. Dans ce sens, il est logique que Trump dénonce les accords internationaux – environnementaux comme commerciaux, méprise les mécanismes globaux de concertation. Alors que ce sont justement ces mécanismes qui nous donnent une chance de pouvoir maîtriser cette mondialisation dont les dérapages nourrissent le populisme…

Une alternative existe

Le populisme ne saurait être considéré comme un épiphénomène banal, une forme de discours comme une autre. C’est un mal qui peut gangrener tout le corps social et nous condamner à une lutte de tous contre tous – faute d’avoir pu et su gérer objectivement et posément les enjeux de notre destinée individuelle et collective. Toutefois nous pouvons apprendre de lui: faire appel à un émotionnel positif, qui tire vers le haut, nommer de manière directe et simple les choses, cultiver la transparence, pratiquer les valeurs dont on se réclame et en premier lieu l’égalité des chances. L’espoir ne peut venir que d’une politique du bien commun inclusive, compréhensive, cohérente et mue par des valeurs humanistes réalistes et fortes.

René Longet

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